À huit mois de l’élection présidentielle, le 86e Congrès Hlm, qui s’ouvre mardi 22 septembre à Bordeaux, entend faire sortir le logement de son statut de politique sectorielle pour l’installer au cœur du débat national. Avec 2,9 millions de ménages en attente d’un logement social et une crise qui touche désormais une part croissante de la population, l’Union sociale pour l’habitat veut interpeller l’ensemble des candidats. Une ambition qui trouve un écho jusque dans les rangs du Gouvernement, où le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, évoque désormais « la pire crise du logement » depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
À Bordeaux, le monde HLM regarde déjà vers 2027
Le titre du rapport préparé par l’Union sociale pour l’habitat pour son congrès annuel ne laisse guère de doute sur l’ambition : « Habiter 2032. Pour un quinquennat utile ». À quelques mois de la présidentielle, le mouvement Hlm entend faire de Bordeaux le premier temps d’une séquence qui doit conduire jusqu’à l’élection de 2027.
« C’est très important qu’on arrive à mettre le logement au cœur de la campagne », a déclaré Emmanuelle Cosse, présidente de l’USH. L’organisation prévoit ainsi une série d’événements en région jusqu’à la présidentielle, avant une audition des candidats consacrée au logement le 9 mars.
L’enjeu dépasse largement le seul logement social. Le rapport de l’USH part précisément de ce constat : logement, pouvoir d’achat, emploi, santé, vieillissement, transition écologique ou encore mobilité sont de plus en plus imbriqués. « Le logement ne résout pas à lui seul les grandes fractures françaises, mais aucune d’entre elles ne peut être durablement résolue sans lui », résume le document.
Une manière de tenter de changer la place du logement dans le débat public. Il ne s’agit plus de le considérer comme une simple politique technique, mais comme l’une des portes d’entrée sur les grandes transformations du pays.
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Une crise qui ne se limite plus aux ménages les plus fragiles
Les chiffres donnent du poids à cette offensive. Au 30 juin 2026, 2,9 millions de ménages étaient en attente d’un logement social, selon l’USH. Le nombre de demandeurs a progressé de plus de 60 % depuis 2013, quand la population française n’augmentait que de 4,6 % sur la même période. Dans le même temps, les entrées dans le parc se raréfient : 394 000 nouveaux ménages ont obtenu un logement Hlm en 2025.
La tension gagne également le parc privé. Dans les grandes métropoles, la raréfaction de l’offre locative touche désormais des catégories de population qui n’étaient traditionnellement pas considérées comme fragiles sur le marché du logement.
C’est précisément ce changement d’échelle qui pourrait faire du logement un sujet politique plus difficile à contourner en 2027. Se loger conditionne désormais directement la possibilité d’étudier, d’accepter un emploi, de fonder une famille ou de rester dans son territoire.
Le rapport de l’USH souligne d’ailleurs que 87 % des Français interrogés considèrent les Hlm comme indispensables, tandis que 91 % estiment que loger les personnes en difficulté leur permet de trouver leur place dans la société. Et 91 % considèrent également la rénovation thermique des logements comme une priorité de la transition écologique.
Le Gouvernement parle désormais de « pire crise » depuis l’après-guerre
Le diagnostic n’est plus seulement porté par les professionnels du secteur. Auditionné le 16 septembre par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale sur le projet de loi Relance et décentralisation du logement, Vincent Jeanbrun a employé des termes particulièrement forts. L’audition portait sur le texte adopté par le Sénat et désormais examiné à l’Assemblée.
« Nous traversons la pire crise du logement que notre pays ait connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », a déclaré le ministre de la Ville et du Logement. Il estime qu’en vingt ans, les Français ont perdu l’équivalent de 25 m² de pouvoir d’achat immobilier.
Pour tenter d’enrayer cette crise, le Gouvernement articule son projet autour de quatre « chocs » : investissement, simplification, rénovation écologique et décentralisation. Le ministre défend notamment la création d’« opérations d’intérêt local » pour accélérer certains projets de construction et affiche un objectif de deux millions de logements d’ici à 2030.
Il entend également accélérer la rénovation du parc privé et social et donner davantage de leviers aux collectivités locales. Sur ce dernier point, le Gouvernement et l’USH convergent au moins sur un principe : maintenir une politique nationale du logement tout en renforçant sa déclinaison territoriale. L’USH propose ainsi que l’État demeure « planificateur, organisateur et garant du droit au logement », avec une mise en œuvre opérationnelle davantage confiée aux collectivités.
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La présidentielle commence déjà à se saisir du sujet
Un premier signe est apparu avant même l’ouverture du congrès. Le 13 septembre, la candidate d’extrême droite Marine Le Pen a choisi le logement pour l’un des premiers grands thèmes de sa campagne présidentielle, promettant d’en faire « un des grands chantiers du quinquennat » si elle est élue. Elle a articulé ses propositions autour de trois axes : construction, parc existant et propriété.
Parmi les mesures avancées figurent notamment l’abrogation de la loi SRU, la suppression de contraintes liées au DPE et la mise en œuvre de la « priorité nationale » dans l’accès au logement social, qui a beaucoup fait réagir les professionnels de l’immobilier.
Des orientations auxquelles l’USH et de nombreux professionnels du secteur s’opposent. Emmanuelle Cosse a notamment qualifié ces propositions d’« à côté de la plaque par rapport aux besoins actuels » et appelé l’ensemble des candidats à préciser à leur tour leur politique du logement. Le congrès de Bordeaux devrait ainsi marquer le début d’une confrontation plus large entre différentes visions de la politique de l’habitat.
L’USH veut surtout imposer le temps long
Le mouvement Hlm ne souhaite toutefois pas réduire son congrès à une liste de demandes budgétaires ou à la seule échéance électorale. Son rapport explore huit grands champs (démocratie, environnement, territoires et mobilités, démographie, santé, sécurité, numérique, travail et emploi) et débouche sur près de 80 pistes de réflexion à l’horizon 2032.
Parmi elles figure une demande structurante : adopter une loi de programmation pluriannuelle sur la ville, le logement et l’hébergement, afin de donner davantage de visibilité aux acteurs et d’éviter les changements successifs de règles. L’USH demande également une meilleure coordination entre les politiques nationales liées au DPE, au ZAN, à la réglementation thermique ou encore à la stratégie nationale bas-carbone.
Cette question du temps long pourrait constituer l’un des fils rouges du congrès. Dans le rapport, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, appelle ainsi les futurs responsables politiques à se comporter comme des « architectes du temps long », estimant que cette exigence est « fondamentale » pour le logement.
Le logement veut s’imposer dans le débat public
Le Congrès HLM ne sera d’ailleurs pas le seul rendez-vous à tenter de replacer le logement au cœur du débat public cet automne. Du 2 au 6 novembre, RENT et le Salon de la Copropriété et de l’Habitat lanceront à Paris la première Semaine de l’Immobilier et du Logement, qui doit réunir plus de 20 000 visiteurs autour des grands enjeux du secteur. Le ministère de la Ville et du Logement s’y associera avec les Assises de l’innovation dans l’habitat, organisées le 3 novembre.
Une succession de rendez-vous qui témoigne d’une même volonté de la filière : faire sortir le logement du seul débat technique. À l’approche de la présidentielle de 2027, l’enjeu est désormais d’en faire un sujet économique, social et politique de premier plan.
ush_rapport_congres26_habiter_2032._pour_un_quinquennat_utile_2026.08.27 (1)



