La crise du logement neuf franchit un seuil inédit. Avec seulement 38 932 logements vendus au premier semestre 2026, le marché passe pour la première fois sous le seuil des 40 000 ventes, selon la Fédération des promoteurs immobiliers. Au deuxième trimestre, les ventes plongent encore de 23,6 % sur un an. Ventes en bloc, accession, mises en vente, presque tous les indicateurs décrochent. Pour la FPI, le temps presse désormais pour enrayer une crise qui menace durablement la production de logements.
Moins de 40 000 logements vendus, un seuil historique
Il ne s’agit plus seulement d’un marché dégradé. Le logement neuf continue de s’enfoncer et franchit désormais des seuils que la profession n’avait encore jamais connus.
Au deuxième trimestre 2026, 19 356 logements neufs ont été vendus, contre 25 333 un an auparavant, soit une chute de 23,6 %. Sur les six premiers mois de l’année, le total atteint seulement 38 932 logements, en recul de 18,3 % par rapport au premier semestre 2025. Pour la FPI, les réservations passent ainsi « sous le seuil jamais atteint jusqu’à présent des 40 000 logements ».
La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient après plusieurs années de crise. Après une relative stabilisation à un niveau déjà très faible depuis 2023, le marché repart donc franchement à la baisse.
Didier Bellier-Ganière, délégué général de la FPI France, l’a résumé lors d’une intervention en direct sur LinkedIn en marge de la publication des chiffres. « On franchit tous les seuils à la baisse. On n’a jamais été aussi bas. »
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Les ventes en bloc s’effondrent
Le principal décrochage vient des ventes en bloc. Au deuxième trimestre, elles chutent de 40,8 % sur un an, à seulement 5 162 logements. Sur l’ensemble du premier semestre, le recul atteint 37 %.
La situation mérite toutefois d’être nuancée sur les bailleurs sociaux. Les données nationales de la FPI indiquent que la chute concerne particulièrement les acteurs du logement intermédiaire, tandis que les ventes en bloc aux bailleurs sociaux restent relativement stables au deuxième trimestre.
Reste que l’effondrement global des ventes en bloc prive la promotion immobilière de l’un des relais qui avait permis, ces dernières années, d’amortir en partie la chute de la demande des particuliers.
Les propriétaires occupants décrochent à leur tour
Deuxième signal particulièrement inquiétant, l’accession à la propriété recule fortement.
Les ventes aux propriétaires occupants tombent à 9 267 logements au deuxième trimestre, contre 11 285 un an auparavant, soit une baisse de 17,9 %. Sur le semestre, le recul atteint 16,8 %.
Pour Didier Bellier-Ganière, l’environnement général pèse directement sur les décisions d’achat. Le contexte géopolitique, les incertitudes nationales et l’approche des prochaines échéances politiques nourrissent l’inquiétude et donc l’attentisme.
La FPI évoque elle-même une véritable « peur sur la ville ». Les tensions internationales, auxquelles s’ajoutent les incertitudes entourant le budget 2027 et l’approche de l’élection présidentielle, incitent ménages et investisseurs à différer leurs décisions.
Le retour des investisseurs reste beaucoup trop faible
Un indicateur échappe néanmoins au rouge. Les ventes aux investisseurs particuliers progressent de 13,4 % au deuxième trimestre et de 19,4 % sur l’ensemble du semestre.
Mais ce rebond doit être remis en perspective. Seulement 3 427 logements ont été vendus à des investisseurs au deuxième trimestre et 6 573 sur le semestre. Ils ne représentent encore que 27 % des ventes au détail, contre 33 % sur l’ensemble de l’année 2024.
Autrement dit, l’investissement locatif recommence légèrement à respirer après avoir touché des niveaux extrêmement faibles, mais il est encore très loin de pouvoir compenser l’effondrement des autres composantes du marché.
La FPI qualifie elle-même cette amélioration de « très timide reprise », sur des volumes qui restent « particulièrement faibles ».
La crise commence à tarir la production future
Plus préoccupant encore, la crise ne concerne plus uniquement les logements vendus aujourd’hui. Elle affecte désormais directement ceux qui devraient arriver sur le marché demain.
Les promoteurs n’ont mis en vente que 18 740 logements au deuxième trimestre, soit 17,9 % de moins qu’un an auparavant. Sur le premier semestre, les lancements commerciaux reculent de 12,9 %. La FPI souligne que le niveau des autorisations de logements collectifs reste insuffisant pour permettre une reprise durable.
Dans le même temps, le délai théorique d’écoulement de l’offre commerciale atteint désormais 21,4 mois, contre 18,3 mois au deuxième trimestre 2025. La part des logements déjà livrés dans le stock atteint 9 %, contre une moyenne de long terme de 7 %.
Le risque est celui d’un cercle vicieux désormais bien installé. Moins de ventes conduisent à moins de programmes lancés, donc à moins de logements construits, tandis que les opérations déjà engagées mettent davantage de temps à être commercialisées.
Pour la FPI, le temps politique est désormais compté
Dans ce paysage extrêmement dégradé, la FPI entrevoit pourtant un changement. Le logement revient dans le débat politique.
Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont commencé à prendre position sur le sujet, notamment sur la création d’un véritable statut du bailleur privé et sur la simplification des règles de construction. Une évolution saluée par la Fédération, qui contraste avec la place beaucoup plus réduite occupée par le logement lors de la précédente campagne présidentielle.
Mais pour la profession, attendre 2027 serait une erreur. La prochaine bataille se jouera dès le projet de loi de finances pour 2027, avec en particulier le renforcement du statut du bailleur privé afin de recréer une demande d’investissement locatif.
Le président de la FPI, Pascal Boulanger, emploie des mots particulièrement forts. « Il y a péril en la demeure. Les Français et l’économie française ne peuvent pas attendre. » Il appelle le gouvernement à renforcer le statut du bailleur privé pour lui permettre d’atteindre réellement les objectifs fixés.
Avec moins de 39 000 logements vendus en six mois, la promotion immobilière ne se trouve plus simplement dans le creux d’un cycle. Elle évolue désormais à des niveaux historiquement bas. Et derrière les chiffres du premier semestre 2026 se dessine une question plus large pour les prochains mois, celle de la capacité de la France à relancer rapidement la production de logements avant que la crise du neuf ne se transforme en pénurie durable.
La crise du logement neuf franchit un seuil inédit. Avec seulement 38 932 logements vendus au premier semestre 2026, le marché passe pour la première fois sous le seuil des 40 000 ventes…
Les chiffres clés de la FPI
- 38 932 logements vendus au 1er semestre 2026, sous le seuil des 40 000 ventes pour la première fois
- 19 356 logements vendus au T2 2026, soit -23,6 % sur un an
- Ventes en bloc : -40,8 % au T2, -37 % sur le semestre (5 162 logements au T2)
- Ventes aux propriétaires occupants : 9 267 logements au T2, soit -17,9 % (-16,8 % sur le semestre)
- Ventes aux investisseurs particuliers : +13,4 % au T2, +19,4 % sur le semestre (6 573 logements), mais seulement 27 % des ventes au détail (contre 33 % en 2024)
- Logements mis en vente : 18 740 au T2 (-17,9 %), -12,9 % sur le semestre
- Délai d’écoulement de l’offre commerciale : 21,4 mois (contre 18,3 mois au T2 2025)
- Part des logements déjà livrés dans le stock : 9 % (moyenne long terme : 7 %)
Il ne s’agit plus seulement d’un marché dégradé. Le logement neuf continue de s’enfoncer…





