Trois ans après sa création, Mistral franchit un nouveau cap. L’entreprise française annonce une levée de fonds de 3 milliards d’euros, menée par Samsung Electronics, sur la base d’une valorisation supérieure à 21 milliards d’euros. Une opération record pour une entreprise technologique européenne, destinée à accélérer ses investissements dans les modèles, les infrastructures de calcul et le déploiement international de son offre d’IA souveraine.
Mistral entre dans une nouvelle dimension. L’entreprise française spécialisée dans l’intelligence artificielle annonce avoir bouclé une Série D de 3 milliards d’euros, portant sa valorisation post-money à plus de 21 milliards d’euros.
Selon l’entreprise, il s’agit de la plus importante levée de fonds en capital jamais réalisée par une société technologique européenne. Un montant d’autant plus spectaculaire que Mistral n’a été créée qu’il y a trois ans.
Le tour de table est mené par Samsung Electronics, aux côtés du Scaleup Europe Fund, géré par EQT, et de PSG Equity, déjà présent au capital. De nombreux investisseurs historiques participent également à l’opération, parmi lesquels Bpifrance, ASML, NVIDIA, Salesforce Ventures, BNP Paribas CIB, Eurazeo ou encore Andreessen Horowitz.
A lire aussi : SIANA met fin à son activité
Des milliards pour financer la course à la puissance de calcul
Cette levée doit d’abord donner à Mistral les moyens de poursuivre la course technologique engagée face aux géants américains et asiatiques de l’intelligence artificielle.
Une partie des capitaux sera consacrée à l’augmentation des capacités de calcul nécessaires à l’entraînement de modèles toujours plus puissants. L’entreprise entend également renforcer ses infrastructures, poursuivre ses travaux de recherche et accélérer le développement de ses produits.
Mais l’enjeu est aussi commercial. Mistral revendique désormais une présence dans 20 pays et indique accompagner plus de 125 grandes entreprises dans leur transformation par l’intelligence artificielle, parmi lesquelles Airbus, ASML et HSBC. Les nouveaux moyens financiers doivent lui permettre d’accélérer encore son développement international.
La souveraineté devient un argument commercial
Au-delà de la course aux performances, Mistral veut surtout se positionner sur une préoccupation devenue centrale pour les entreprises et les États : celle du contrôle de leur intelligence artificielle.
La première phase de l’IA générative s’est largement structurée autour de la puissance des modèles. Une nouvelle bataille s’ouvre désormais autour de leur maîtrise. Où sont hébergées les données, sur quelles infrastructures fonctionnent les modèles, dans quelle mesure peuvent-ils être personnalisés et quelle dépendance créent-ils vis-à-vis de leurs fournisseurs ?
C’est sur ce terrain que Mistral entend se différencier. L’entreprise défend une approche ouverte et intégrée allant des modèles à poids ouverts jusqu’aux produits utilisés par les entreprises, en passant par les infrastructures et les capacités de calcul nécessaires à leur fonctionnement.
L’objectif affiché est de permettre aux organisations de déployer leurs solutions d’IA sans dépendre entièrement de la feuille de route, des tarifs ou des infrastructures d’un fournisseur unique.
Une maîtrise de toute la chaîne technologique
Mistral présente ainsi son approche « full-stack » comme le socle de son offre d’IA souveraine. Celle-ci doit permettre aux entreprises de conserver la maîtrise de quatre composantes essentielles : leurs données, leurs modèles, leur puissance de calcul et les systèmes déployés en production.
Un positionnement particulièrement stratégique à mesure que l’intelligence artificielle s’intègre aux logiciels et aux processus métiers des entreprises. La question n’est plus seulement de savoir quel modèle est le plus performant, mais dans quelles conditions une organisation accepte de lui confier ses données, ses processus et, à terme, une partie de son savoir-faire.
Cette problématique dépasse largement le seul secteur technologique. Dans l’immobilier également, où l’IA commence à s’intégrer aux logiciels métiers, aux outils de transaction, à la gestion, à l’analyse de données ou encore à la relation client, les questions de souveraineté, d’hébergement et de maîtrise des données devraient progressivement devenir des critères de choix à part entière.
Samsung et ASML aux côtés du champion français
La composition du tour de table donne également une dimension particulière à l’opération. Après une Série C menée par le spécialiste néerlandais des semi-conducteurs ASML, Mistral accueille cette fois Samsung Electronics comme chef de file.
Deux groupes industriels au cœur des infrastructures technologiques mondiales qui témoignent de l’ambition de Mistral de ne pas se limiter au développement de modèles d’intelligence artificielle.
Advent, des fonds et comptes gérés par BlackRock ainsi que le Grand-Duché de Luxembourg rejoignent également le capital. Les investisseurs historiques a16z, ASML, Belfius, BNP Paribas CIB, Bpifrance, Carmignac, DST Global, Eurazeo, General Catalyst, Headline, Hillspire, Index Ventures, Korelya Capital, Lightspeed, NVIDIA, Phoenix Court et Salesforce Ventures participent pour leur part à cette nouvelle opération.
Avec 3 milliards d’euros supplémentaires et une valorisation dépassant désormais 21 milliards d’euros, Mistral dispose surtout de moyens inédits pour une entreprise européenne afin de poursuivre la compétition mondiale de l’intelligence artificielle. Une bataille qui ne se joue désormais plus uniquement sur la puissance des modèles, mais aussi sur la capacité à proposer une alternative crédible aux infrastructures technologiques dont dépendent entreprises et États.





