« C’est un tsunami qui progresse lentement, mais un tsunami tout de même. » C’est par cette formule que Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), a décrit, lundi 12 octobre à Bangkok, les bouleversements que l’intelligence artificielle pourrait provoquer sur le marché du travail. Une mise en garde qui fait écho aux conclusions du rapport annuel 2026 de l’institution, particulièrement préoccupée par l’avenir des salariés moyennement qualifiés.
L’intelligence artificielle pourrait bien devenir l’un des moteurs les plus puissants de l’économie mondiale. Mais ses bénéfices ne seront pas répartis équitablement. C’est l’un des principaux enseignements du rapport annuel 2026 du Fonds monétaire international (FMI), qui consacre un chapitre entier aux bouleversements économiques provoqués par cette technologie.
selon le FMI, l’IA représente une opportunité majeure pour stimuler la productivité et soutenir une croissance mondiale fragilisée par les tensions géopolitiques. Mais elle risque également d’accentuer les inégalités entre les travailleurs, les entreprises et les territoires.
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Les salariés moyennement qualifiés en première ligne
C’est probablement l’un des constats les plus marquants du rapport. Contrairement à l’idée selon laquelle l’automatisation toucherait d’abord les emplois les moins qualifiés, le FMI identifie les travailleurs moyennement qualifiés comme les principaux perdants potentiels de la révolution de l’IA.
Les études conduites par l’institution montrent que les salariés disposant de compétences en intelligence artificielle bénéficient déjà d’un avantage salarial. À l’autre extrémité, certains emplois peu qualifiés, notamment dans la restauration et les services destinés aux populations aisées, pourraient également profiter indirectement de cette nouvelle économie.
Entre les deux, les professions intermédiaires apparaissent particulièrement exposées à l’automatisation.
Par ailleurs, le développement des emplois liés à l’IA ne se traduit pas nécessairement par une augmentation globale de l’emploi. Le FMI observe que les villes et les régions concentrant davantage de postes nécessitant des compétences en intelligence artificielle n’enregistrent pas pour autant une croissance supérieure de l’emploi total. Autrement dit, la création de nouveaux métiers technologiques ne suffit pas nécessairement à compenser les transformations des professions existantes.
Plus de 2 000 milliards de dollars d’investissements dans l’IA en 2026
Selon certaines estimations extérieures reprises par le FMI, les investissements privés mondiaux dans l’intelligence artificielle pourraient dépasser 2 000 milliards de dollars en 2026.
Aux États-Unis, les investissements technologiques liés à l’IA auraient déjà contribué à hauteur de 0,5 point de pourcentage à la croissance du PIB en 2025. Le FMI observe également une accélération récente des gains de productivité américains, qui pourrait en partie refléter les premiers effets de l’adoption de cette technologie.
L’enjeu dépasse désormais largement les seules entreprises technologiques. À mesure que les investissements se déplacent vers le déploiement concret des outils, les gains de productivité pourraient concerner un nombre croissant de secteurs et de professions.
Les services professionnels, les activités financières ou encore l’information figurent parmi les secteurs américains où l’utilisation de l’IA est particulièrement développée, selon l’enquête sectorielle présentée dans le rapport.
À l’inverse, son adoption demeure plus limitée dans des activités comme le bâtiment, les transports ou l’agriculture. Une différence qui illustre le caractère encore très inégal de cette transformation.
Une transformation qui concerne aussi les métiers de l’immobilier
Pour les professionnels de l’immobilier, ces conclusions résonnent particulièrement. L’intelligence artificielle transforme progressivement le quotidien des agences et des réseaux immobiliers. De la prospection commerciale à la rédaction d’annonces, en passant par la qualification des prospects, la gestion administrative ou la relation client, ses applications se multiplient. Une part croissante de ces tâches peut désormais être assistée, voire partiellement automatisée, par l’IA.
L’enjeu pourrait moins résider dans la disparition pure et simple des métiers que dans la transformation de leur contenu et des compétences nécessaires pour les exercer.
Les professionnels capables de maîtriser les nouveaux outils pourraient renforcer leur productivité et leur valeur ajoutée. À l’inverse, ceux dont les activités reposent principalement sur des tâches répétitives ou standardisées pourraient voir une partie de leurs missions automatisée.
Cette évolution place la formation et l’accompagnement des équipes au cœur des stratégies des entreprises immobilières.
Le FMI met également en garde contre une possible bulle financière
L’autre risque identifié par le FMI concerne les marchés financiers. L’ampleur des capitaux mobilisés dans l’intelligence artificielle soulève une interrogation. Est-ce que les gains économiques futurs seront-ils suffisants pour justifier les investissements engagés aujourd’hui ?
L’institution souligne notamment que ces investissements considérables reposent de plus en plus sur l’endettement. Si les retombées économiques se révélaient inférieures aux attentes, les conséquences pourraient être lourdes, avec un risque de correction brutale des marchés boursiers, de destruction de richesse et de suppressions d’emplois.
L’IA apparaît ainsi comme un facteur de croissance, mais aussi comme une nouvelle source potentielle d’instabilité économique.
Formation, cybersécurité et infrastructures, les conditions de la réussite
Face à ces bouleversements, le FMI appelle les pouvoirs publics à préparer davantage les économies à la transition.
L’institution insiste notamment sur la nécessité de développer les compétences, d’accompagner les reconversions professionnelles et de moderniser les infrastructures numériques.
La cybersécurité constitue également une priorité. Dans son introduction au rapport, Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, souligne que les pays doivent renforcer leur capacité à résister aux cybermenaces pour profiter durablement des bénéfices de l’intelligence artificielle.
Le défi est d’autant plus important que tous les pays ne disposent pas des mêmes moyens pour accompagner cette transformation. La qualité des infrastructures, le niveau de formation et l’environnement réglementaire pourraient accentuer les écarts de compétitivité.
Rapport du FMI : french-imf-annual-report-2026





