– INTERVIEW EXCLUSIVE –
Avec plus de 20 millions de visites mensuelles, Bien’ici poursuit sa croissance malgré un marché immobilier qui s’est de nouveau ralenti en 2026. Son président, David Benbassat, maintient son ambition de faire du portail le numéro un du marché français. Innovation, rapprochement avec ParuVendu, crise locative, intelligence artificielle et arrivée des LLM dans la recherche immobilière, il détaille pour Immobil-IA les prochaines étapes de la stratégie de Bien’ici.
Quel bilan tirez-vous de l’année 2026 pour Bien’ici ?
David Benbassat — C’est une année de contraste. Nous avions terminé 2025 avec une croissance importante et commencé 2026 sur la même dynamique. À la fin du troisième trimestre, nous sommes au rendez-vous des objectifs que nous nous étions fixés, avec plus de 20 millions de visites par mois.
L’audience est donc là. Les utilisateurs viennent sur Bien’ici, consultent les pages et regardent les biens. En revanche, depuis le mois de mai, nous constatons un engagement moins important lorsqu’il s’agit de passer à l’action.
Cela correspond à ce que constatent les professionnels avec un volume de transactions qui ralentit. Les besoins immobiliers sont toujours présents, mais une partie du passage à l’acte est décalée.
Pour autant, nous avons confirmé notre attractivité avec une audience en hausse. C’est ce que je retiens principalement de ces neuf premiers mois.
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Comment envisagez-vous les prochains mois alors que les taux remontent et que l’environnement économique reste incertain ?
D.B — Nous ne sommes pas dans la même configuration qu’en 2022. À l’époque, la hausse extrêmement rapide des taux avait brutalement fermé le marché. Aujourd’hui, les prix immobiliers se sont ajustés et les acquéreurs ont davantage de résilience.
Je pense donc que l’année ne sera finalement pas si mauvaise sur le marché de la transaction.
Je suis davantage inquiet pour les marchés du locatif et du neuf, qui restent confrontés à des difficultés structurelles. Il y a néanmoins une prise de conscience croissante des pouvoirs publics sur la crise du logement. Aucune mesure ne suffira, à elle seule, à relancer ces marchés. C’est plutôt la combinaison de plusieurs initiatives, notamment pour soutenir la construction et développer l’offre locative, qui pourrait permettre de retrouver une dynamique plus favorable en 2027.
Vous avez affiché l’ambition de faire de Bien’ici le premier portail immobilier français. Cette ambition est-elle toujours intacte ?
D.B — Évidemment. Sinon, j’arrêterais immédiatement de mener toutes les actions que nous engageons…
Bien’ici a aujourd’hui 11 ans d’existence alors que certains de nos concurrents sont installés depuis beaucoup plus longtemps. Pour autant, notre audience progresse, le nombre d’annonces disponibles augmente et notre nombre de clients continue lui aussi à progresser.
Pour atteindre cette première place, nous avons quatre grands leviers. L’innovation, l’accompagnement des professionnels, la performance, et la notoriété.
Par ailleurs, nous investissons fortement dans des campagnes médias, aussi bien offline qu’online.
Mais nous devons surtout continuer à nous différencier. J’aime beaucoup cette idée selon laquelle si vous ne voulez pas être comparé, vous devez être incomparable.
Cela passe notamment par l’expérience utilisateur, mais aussi par notre capacité à proposer des annonces que l’on ne trouve pas ailleurs.
Nous faisons mesurer ce phénomène et environ 30 % des annonces présentes sur Bien’ici sont exclusives au portail, en dehors naturellement des sites des agences et des promoteurs qui les commercialisent. C’est un élément important pour créer de la préférence auprès des utilisateurs et démontrer aux professionnels que Bien’ici, seul portail associé à leur propre site et communication propre, peut suffire au développement de leur activité.
Quel premier bilan tirez-vous du rapprochement avec ParuVendu et de l’offre Convergence ?
D.B. — Convergence constitue une alternative économique sérieuse et efficace aux autres plateformes immobilières. Nous apportons à nos clients une visibilité sur deux plateformes avec une forte complémentarité géographique.
Les premiers retours sont très positifs. Les professionnels regardent de plus en plus la performance obtenue par rapport au budget investi. C’est précisément ce que nous cherchons à améliorer avec cette offre.
La synergie fonctionne et nous souhaitons maintenant aller plus loin, notamment en travaillant sur de nouvelles zones de visibilité, des innovations communes et de nouvelles offres packagées.
Quelles seront vos priorités technologiques en 2027 ?
D.B. — La technologie fait partie de l’ADN de Bien’ici depuis sa création. Il y a onze ans, nous nous étions déjà différenciés avec la cartographie 3D et une nouvelle manière de présenter les biens.
Ma conviction reste la même. Une technologie est réellement efficace lorsqu’elle ne se voit plus, lorsqu’elle devient naturelle, simple et intuitive pour l’utilisateur.
Nous utilisons aujourd’hui l’intelligence artificielle en interne avec des agents IA qui accompagnent nos collaborateurs dans certaines tâches quotidiennes. C’est important que nos équipes utilisent elles-mêmes ces technologies avant d’imaginer de nouveaux services.
Nous travaillons ensuite selon deux axes. Le premier concerne les utilisateurs, avec l’objectif de faciliter leur recherche immobilière. Le second concerne nos clients professionnels.
Notre rôle n’est pas nécessairement de faire ce que font déjà les logiciels immobiliers sur la rédaction des annonces ou la mise en valeur des images. Notre enjeu se situe davantage autour du contact et de sa qualification. Nous voulons utiliser l’IA pour positionner la bonne annonce et le bon mandat auprès de la bonne personne, le plus rapidement possible. C’est tout l’objet des évolutions que nous apportons déjà à notre moteur de recherche qui devient un véritable moteur de réponse.
Concrètement, comment l’IA pourrait-elle transformer la recherche immobilière sur Bien’ici ?
D.B. — Aujourd’hui, lorsqu’un utilisateur contacte un professionnel pour une annonce, il finit très souvent par acheter un autre bien. Il arrive avec une intention initiale, puis la réalité de son projet le conduit à modifier la surface, la localisation, la typologie ou le budget recherchés.
L’enjeu de l’IA est donc de comprendre ce que l’utilisateur nous dit, mais également ce qu’il ne nous dit pas.
Sa navigation sur les fiches de biens, les pages de résultats ou la cartographie nous permet de mieux comprendre son projet. Nous pouvons également intégrer des données sur le quartier, les transports ou la vie locale.
Notre objectif n’est plus seulement d’identifier l’intérêt pour une annonce donnée. Il est de comprendre le projet immobilier dans son ensemble, qu’il s’agisse d’un achat, d’une vente ou d’une location.
C’est là que l’IA peut profondément faire évoluer l’expérience de recherche en proposant une expérience beaucoup plus fluide et pertinente.
L’arrivée des LLM peut-elle bouleverser la place des portails immobiliers ?
D.B. — Nous voyons déjà que certaines premières recherches des utilisateurs commencent à se faire dans les LLM.
Est-ce que cela fera baisser demain l’audience des portails immobiliers ? C’est possible. Mais cela signifie surtout que nous devrons être encore meilleurs dans notre capacité à transformer cette audience.
Car les portails immobiliers vont être parmi les premiers fournisseurs de contenus et d’annonces des LLM.
Notre enjeu est donc de proposer une expérience de navigation, de recherche et d’information suffisamment différente et performante pour conserver notre valeur dans cette nouvelle chaîne.
Il ne faut pas subir les LLM. Il faut s’en servir.
Après le rapprochement entre Bien’ici et ParuVendu et le rachat d’Ouest-France Immo par SeLoger, le marché français des portails va-t-il se concentrer ?
D.B. — Le marché français est effectivement assez singulier par le nombre de portails qui y sont présents. Il a déjà connu plusieurs phases de concentration et je pense que nous en connaîtrons d’autres.
C’est assez inévitable pour une raison simple. Nos clients, agents immobiliers et promoteurs, ne pourront pas payer tout le monde.
Il faut donc regarder la réalité économique de nos clients et être capable de leur proposer des solutions avec un retour sur investissement cohérent. C’est précisément la logique que nous poursuivons avec ParuVendu.
L’arrivée des LLM va encore faire évoluer cet environnement. Elle va nous obliger à repenser la manière dont nous générons de l’audience, dont nous transformons cette intention et dont nous apportons de la valeur aux professionnels de l’immobilier.





