INTERVIEW EXCLUSIVE – Après s’être imposé en Espagne, en Italie et au Portugal, idealista fait officiellement son entrée sur le marché français. Pour piloter ce lancement, le portail immobilier européen a recruté Aurélien Flament, après quatorze années passées chez leboncoin Immobilier. Dans un marché déjà occupé par des acteurs puissants, il détaille pour Immobil-IA ses ambitions, sa stratégie de conquête et sa vision de l’évolution de la recherche immobilière à l’heure de l’intelligence artificielle.
idealista arrive sur un marché français où plusieurs portails occupent déjà des positions très fortes. Quelle place souhaitez-vous prendre ?
Aurélien Flament. Nous arrivons avec beaucoup d’humilité. Le marché français est structuré, avec des acteurs installés depuis longtemps qui font très bien leur métier. Notre ambition n’est pas de considérer que tout va changer du jour au lendemain, mais de construire progressivement une véritable alternative pour les professionnels et les utilisateurs.
idealista bénéficie néanmoins d’une expérience importante. Le groupe existe depuis 27 ans et est aujourd’hui leader en Espagne, en Italie et au Portugal. Nous pouvons nous appuyer sur ce savoir-faire, sur notre technologie et sur notre connaissance des professionnels de l’immobilier pour développer un modèle adapté aux spécificités françaises.
Cette expérience s’appuie aussi sur une taille importante à l’échelle européenne. idealista compte aujourd’hui plus de 1,5 million d’annonces actives, 7,3 millions d’utilisateurs mensuels et plus de 200 millions de visites par mois en Europe. Nous partons en France avec une audience certes faible, mais pas en matière de technologie, de savoir-faire ou d’expérience du marché immobilier.
Notre priorité est d’abord de construire une offre solide. Nous avons la chance d’avoir les moyens de nos ambitions, mais nous voulons avancer dans le bon ordre et avec patience.
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Quelle sera justement votre promesse auprès des professionnels français ?
Nous voulons leur apporter davantage de liberté, de simplicité et de flexibilité. idealista est historiquement très proche des professionnels et travaille aujourd’hui avec plus de 70 000 acteurs de l’immobilier en Europe.
Nous avons également développé au fil des années des fonctionnalités, des outils et des solutions technologiques destinés à faciliter le travail des professionnels. idealista.fr est par ailleurs disponible en 18 langues, ce qui permet de rendre les annonces accessibles à une audience beaucoup plus large.
En France, il faut commencer par permettre aux professionnels de découvrir notre plateforme et de constater concrètement ce qu’elle peut leur apporter. C’est aussi dans cette logique que nous avons fait le choix d’une première période très accessible pour faciliter l’adoption du portail.
Mais la promesse ne peut évidemment pas reposer uniquement sur le prix. Pour un professionnel, la valeur d’un portail réside dans sa capacité à lui apporter de la visibilité, de l’audience et, à terme, des contacts qualifiés. C’est là-dessus que nous serons attendus.
Quels seront vos principaux objectifs au cours des douze premiers mois ?
Le premier enjeu consiste à enrichir rapidement l’offre disponible sur idealista.fr. Pour qu’un portail soit utile aux particuliers, il doit proposer suffisamment de biens. Cela suppose donc de convaincre les professionnels, les réseaux d’agences et les réseaux de mandataires de diffuser leurs annonces sur la plateforme.
Des discussions sont déjà engagées et nous allons pouvoir annoncer progressivement de nouveaux partenariats dans les prochaines semaines.
En parallèle, nous construisons l’équipe française. Nous avons ouvert nos bureaux à Paris et nous allons renforcer nos effectifs progressivement en fonction du développement de l’activité. L’objectif n’est pas de surdimensionner immédiatement la structure, mais de bâtir une organisation capable d’accompagner durablement notre développement.
Accumuler les annonces ne suffit cependant pas. Comment comptez-vous construire l’audience d’idealista en France ?
C’est effectivement le deuxième grand défi. Il faut d’abord disposer d’une offre suffisamment importante pour proposer une expérience satisfaisante aux utilisateurs. Ensuite vient le temps de l’accélération auprès du grand public.
Nous allons investir significativement dans l’acquisition et dans le digital. Mais là encore, il faut respecter les différentes étapes. Il serait contre-productif d’attirer massivement des utilisateurs sur une plateforme avant de disposer d’une profondeur d’offre suffisante.
L’année 2026 correspond donc au lancement et à la construction des fondations. L’accélération interviendra progressivement, avec une montée en puissance beaucoup plus importante lorsque nous considérerons que l’expérience proposée aux utilisateurs est au niveau que nous souhaitons.
L’intelligence artificielle commence à modifier la recherche immobilière. Certains acteurs imaginent même que ChatGPT et les autres assistants vont devenir de nouvelles portes d’entrée vers les annonces.
Comment analysez-vous cette évolution ?
L’intelligence artificielle va évidemment transformer les usages, mais il faut garder une certaine mesure sur la vitesse à laquelle ces changements vont intervenir.

Aujourd’hui, les volumes d’acquisition provenant directement des LLM restent encore très faibles par rapport aux canaux traditionnels des grands portails. Cela ne signifie pas qu’ils le resteront. Au contraire, les usages vont se multiplier et de nouveaux parcours vont apparaître.
La recherche immobilière peut donc devenir beaucoup plus fragmentée. Les utilisateurs pourront commencer leur parcours depuis différents environnements, parmi lesquels les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les assistants d’intelligence artificielle ou directement les plateformes immobilières.
Pour un acteur comme idealista, l’enjeu est d’être capable de s’adapter à cette évolution tout en continuant à proposer la meilleure expérience possible à l’utilisateur.
Est-ce que cette évolution peut permettre à de nouveaux acteurs technologiques de s’intercaler entre les portails et les particuliers ?
Il y aura certainement de nouveaux acteurs et de nouvelles expériences. L’IA va multiplier les possibilités et faire émerger de nouveaux parcours.
Mais l’immobilier reste un marché qui nécessite une profondeur d’offre considérable, une audience importante, une technologie robuste et une relation forte avec les professionnels. Construire tout cela demande du temps et des investissements importants.
Il ne faut donc pas opposer les nouveaux acteurs aux portails historiques. Nous allons probablement vers un écosystème dans lequel les points d’entrée seront plus nombreux et où chacun devra démontrer la valeur qu’il apporte au consommateur comme au professionnel.





