– INTERVIEW EXCLUSIVE –
Avec près de 6 000 professionnels de l’immobilier clients et une progression de 41 % des contacts générés à périmètre constant, ParuVendu.fr poursuit sa croissance en misant sur la qualité des prospects plutôt que sur la course à l’audience. Son dirigeant, Laurent Radix, revendique une stratégie à contre-courant des grands portails, fondée sur des tarifs accessibles, l’intelligence artificielle et son partenariat avec Bien’ici. À l’approche du salon RENT, il revient pour Immobil-IA sur ses résultats, l’arrivée d’idealista sur le marché français et l’avenir de la recherche immobilière.
Quel bilan tirez-vous de l’année 2026 pour ParuVendu.fr ?
Laurent Radix — Nous sommes sur une très bonne dynamique. Notre audience immobilière reste relativement stable, autour de 3 millions de visiteurs mensuels. Mais notre priorité cette année n’était pas d’augmenter l’audience. Nous avons fait le choix de travailler sur sa qualité.
Les résultats sont là. À périmètre constant, nous enregistrons une progression de 41 % des contacts générés. Nous avons également gagné près de 1 500 clients cette année, soit une croissance organique d’environ 30 %, et franchi le seuil des 6 000 professionnels de l’immobilier clients payants.
Notre chiffre d’affaires progresse lui aussi de près de 25 %. Cela démontre qu’il est possible de se développer sans entrer dans une course permanente aux investissements publicitaires.
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Comment expliquez-vous cette progression des contacts alors que votre audience reste stable ?
L.R. — Nous avons profondément revu notre politique d’acquisition. Pendant longtemps, comme beaucoup de portails, nous cherchions à attirer une audience relativement large. Mais cette stratégie conduit rapidement à une bataille de budgets, notamment sur Google, dans laquelle les acteurs les plus puissants disposent d’un avantage considérable.
Nous avons donc développé en interne des outils, notamment fondés sur l’intelligence artificielle, pour identifier les internautes qui manifestent une véritable intention d’achat immobilier.
Nous délivrons moins de leads que les grands portails, c’est évident. En revanche, les retours de nos clients montrent qu’ils se transforment beaucoup mieux. Certains professionnels présents sur les principaux sites nous indiquent même obtenir chez nous des taux de transformation supérieurs à ceux des leaders du marché.
Vous revendiquez des tarifs particulièrement compétitifs. Comment parvenez-vous à les maintenir tout en investissant dans de nouveaux services ?
L.R. — Notre organisation est très différente de celle des grands portails. Nous sommes une équipe d’une trentaine de personnes, avec une structure légère et agile. Nous pouvons tester de nouvelles approches très régulièrement et les déployer rapidement lorsqu’elles fonctionnent.
Nous avons des forfaits qui commencent autour de 100 euros par mois. À ce niveau de prix, nous ne pouvons évidemment pas reproduire le modèle économique des grands acteurs, avec des investissements massifs en communication.
Cette stratégie produit aussi des résultats en matière de fidélisation. Il y a encore quelques années, notre taux annuel de résiliation était proche de 20 %. Nous l’avons divisé par trois. Pour moi, c’est un indicateur essentiel de la satisfaction de nos clients.
Vous estimez que les agents immobiliers sont devenus trop dépendants des grands portails. Le rapport de force peut-il évoluer ?
L.R. — Je le pense, mais cela dépendra avant tout des professionnels de l’immobilier eux-mêmes.
Aujourd’hui, beaucoup d’agences se plaignent de l’augmentation des tarifs des grands portails. Pourtant, elles continuent à alimenter ce système parce qu’elles considèrent qu’elles ne peuvent pas s’en passer.
Je rencontre énormément de professionnels lors des conventions auxquelles je participe. Certains ont commencé à réduire leur présence sur les plateformes les plus coûteuses, voire à les quitter. Et ils continuent à vendre des biens.
Il faut rappeler que le métier d’un agent immobilier n’est pas de publier une annonce sur un portail. Son métier, c’est de vendre un appartement ou une maison, dans les meilleures conditions possibles.
Cela suppose aussi un travail de pédagogie auprès des vendeurs, qui peuvent parfois considérer qu’un bien doit impérativement être présent sur tel ou tel site. Les professionnels doivent reprendre la maîtrise de leurs choix de diffusion.
L’arrivée d’idealista en France peut-elle contribuer à rebattre les cartes entre les portails immobiliers ?
L.R. — L’arrivée d’un nouvel acteur est toujours intéressante, mais il faut distinguer le nombre d’annonces diffusées de la capacité à générer une audience et des contacts.
Idealista est un acteur puissant en Espagne et en Italie. Mais son implantation en France représente un défi considérable. Le marché français est déjà extrêmement concurrentiel.
Pour construire une audience significative en partant de zéro, il faut investir des sommes très importantes pendant plusieurs années. La question est donc de savoir si idealista est prêt à consacrer les moyens nécessaires à cette ambition.
Lorsqu’un portail propose de diffuser gratuitement leurs annonces, cela peut paraître attractif à court terme. Mais que se passera-t-il si cet acteur devient incontournable dans trois ou quatre ans ?
Les agences risquent de contribuer à créer une nouvelle dépendance, avec un acteur qui pourrait ensuite pratiquer des tarifs comparables à ceux des leaders actuels.
L’arrivée de nouveaux portails ne provoque d’ailleurs pas automatiquement une baisse des prix des plateformes dominantes. Nous l’avons constaté avec le développement de Bien’ici.
Votre partenariat avec Bien’ici a donné naissance à l’offre Convergence. Quel bilan en tirez-vous et comment comptez-vous développer les synergies ?
L.R. — Le principe de départ était assez simple. Nous disposons de deux audiences très complémentaires. ParuVendu.fr bénéficie d’une implantation historique forte en province, tandis que Bien’ici possède une audience davantage urbaine. Nos stratégies d’acquisition et de référencement sont également différentes.
L’offre Convergence a été lancée à l’automne 2025 et nous avons signé environ 1 200 à 1 300 clients. C’est un résultat très encourageant.
Nous travaillons désormais sur de nouvelles solutions destinées à apporter des mandats vendeurs aux agences. Nos organisations commerciales sont également complémentaires : ParuVendu.fr dispose d’une force de vente essentiellement téléphonique, tandis que Bien’ici s’appuie sur une présence importante sur le terrain.
En revanche, nous ne souhaitons pas fusionner nos équipes technologiques. Avec David Benbassat (Bien’ici), nous pensons que chacun doit conserver son identité, sa culture et sa capacité d’innovation. Nos équipes échangent régulièrement, mais cette diversité d’approches constitue précisément notre force.
Vous allez présenter de nouveaux services au salon RENT. Que pouvez-vous déjà nous dévoiler ?
L.R. — Nous préparons plusieurs nouveautés qui doivent permettre aux professionnels d’aller au-delà de la simple diffusion de leurs annonces sur ParuVendu.fr.
Une partie importante de ces développements repose sur l’intelligence artificielle et sur les nouveaux moteurs de recherche conversationnels.
Nous voulons être parmi les premiers à proposer des solutions de diffusion et de mise en avant des annonces dans ces nouveaux environnements, tout en conservant notre logique de performance.
Ces nouveautés seront intégrées à nos offres existantes sans augmentation tarifaire. Notre objectif est d’apporter davantage de services aux professionnels sans alourdir leur budget.
Les moteurs conversationnels comme ChatGPT peuvent-ils, à terme, remplacer les portails immobiliers dans la recherche de logements ?
L.R. — Je ne le crois pas. Je suis convaincu que les portails conserveront un rôle central dans l’intermédiation immobilière.
L’intelligence artificielle permet de formuler des recherches extrêmement précises. Vous pouvez lui demander un appartement de trois pièces à Lyon, à proximité d’une école, à moins de vingt minutes de votre travail et répondant à une multitude d’autres critères.
Mais le problème de l’immobilier, c’est précisément que le bien idéal existe rarement. Plus vous multipliez les critères, plus vous réduisez le nombre de biens susceptibles d’être proposés. Et vous risquez de passer à côté de logements qui auraient pourtant pu convenir.
C’est aussi tout le rôle de l’agent immobilier. Il apprend à connaître son client et peut lui proposer un logement qui ne correspond pas exactement à sa recherche initiale, mais qui répond finalement mieux à son projet.
Nous expérimentons déjà des campagnes sur les moteurs d’intelligence artificielle, mais les taux de conversion ne sont pas encore satisfaisants. Il faut néanmoins se préparer, car ces plateformes vont progressivement développer des modèles publicitaires.
À horizon 2030, quelle place souhaitez-vous donner à ParuVendu.fr sur le marché immobilier français ?
L.R. — Je me donne encore quatre ou cinq ans pour continuer à faire progresser ParuVendu.fr et gravir les échelons du marché.
Nous ne sommes pas leaders en audience, et c’est aussi ce qui nous donne une certaine liberté. Nous pouvons expérimenter, prendre des risques et développer des approches différentes.
Il ne faut pas oublier non plus que ParuVendu.fr ne se limite pas à l’immobilier. Nous sommes présents dans l’automobile, l’emploi et d’autres catégories de petites annonces. Au total, notre plateforme accueille près de 2,9 millions d’annonces.
Nous bénéficions également de la solidité d’un groupe comme Arche, tout en conservant notre indépendance opérationnelle et notre capacité d’innovation.
Je veux préserver cette liberté. C’est elle qui nous permet de continuer à avancer et de proposer une alternative différente aux professionnels de l’immobilier.





