Alors que 83 % des Français considèrent le diagnostic de performance énergétique (DPE) comme un critère important dans le choix d’un logement, 64 % pensent à tort qu’un bon classement garantit le confort d’été. Une étude Jinka-YouGov publiée en octobre 2026 révèle les limites de cet indicateur et les profondes inégalités face aux fortes chaleurs. Dans un entretien exclusif accordé à Immobil-IA, Marc Lebel, CEO de Jinka, revient sur les conséquences pour le marché immobilier, le rôle des agents et l’évolution des critères de recherche à l’heure de l’intelligence artificielle.
Le DPE, un indicateur incontournable mais encore mal compris
En quelques années, le diagnostic de performance énergétique s’est imposé comme l’un des principaux critères de sélection d’un logement. Selon une étude réalisée par YouGov pour Jinka auprès de 1 018 Français, 83 % des personnes interrogées le jugent important, dont 41 % très important.
Mais cette confiance s’accompagne d’une méconnaissance de ce que mesure réellement le diagnostic. Ainsi, 64 % des Français pensent qu’un bon DPE garantit un logement confortable en été. Or, si le diagnostic comporte un indicateur complémentaire de confort estival, celui-ci n’intervient pas dans le calcul de la classe énergétique.
Un logement bien classé peut donc se révéler inconfortable pendant une canicule, tandis qu’un bâtiment ancien aux murs épais peut conserver une température agréable malgré une étiquette énergétique médiocre.
Cette confusion intervient alors que les épisodes de fortes chaleurs pèsent de plus en plus sur le confort des habitants. Selon l’étude, 39 % des Français déclarent se sentir mal chez eux en été, dont 11 % très mal.
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Les locataires particulièrement exposés à la chaleur
Derrière ces moyennes nationales se cachent de profondes disparités. Les locataires apparaissent particulièrement vulnérables aux fortes températures. Ils sont 55 % à déclarer souffrir de la chaleur dans leur logement pendant l’été, contre 27 % des propriétaires n’ayant plus de crédit immobilier.
Les étudiants sont également concernés, avec 43 % d’entre eux déclarant un inconfort estival. Paradoxalement, ces deux populations figurent parmi celles qui surestiment le plus les performances du DPE. Ainsi, 74 % des locataires et des étudiants pensent qu’un bon classement énergétique garantit un logement confortable en été.
Ces résultats mettent en lumière une double difficulté. Les ménages les plus exposés à la chaleur sont aussi ceux qui disposent souvent des marges de manœuvre les plus limitées pour entreprendre des travaux.
Les disparités sont également territoriales. Dans le Sud-Est, 15 % des habitants déclarent se sentir très mal chez eux pendant l’été, contre 8 % en Île-de-France et dans le Nord-Ouest. Les habitants des grandes agglomérations sont aussi davantage concernés : 43 % de ceux résidant dans des secteurs de plus de 100 000 habitants souffrent de la chaleur, contre 33 % dans les communes de moins de 20 000 habitants.
Les passoires thermiques de plus en plus pénalisées sur le marché
Au-delà du confort des occupants, la performance énergétique influence directement les comportements des acquéreurs.
« Nous observons très clairement une mise de côté des mauvais DPE par les acquéreurs », explique Marc Lebel, CEO de Jinka.
Selon une analyse réalisée par la plateforme sur 711 359 alertes d’acquéreurs actifs en avril 2026, les logements classés G n’apparaissaient plus que dans 6 % des alertes étudiées.
Les épisodes de canicule semblent également accentuer cette désaffection. En juin 2026, Jinka a observé un recul de 12 % des recherches intégrant les logements classés G pendant les fortes chaleurs, selon les données communiquées par la plateforme.
Cette évolution se traduit également dans les négociations. Marc Lebel estime qu’une passoire thermique se négocie avec une décote moyenne de 15 à 20 %. Ces logements continuent néanmoins d’attirer les investisseurs et les acquéreurs disposés à entreprendre des travaux, qui peuvent profiter de prix plus accessibles.

Les agents immobiliers appelés à renforcer leur rôle de conseil
Face à la complexité croissante des critères énergétiques et climatiques, les professionnels de l’immobilier ont un rôle important à jouer dans l’accompagnement des particuliers.
« Forts de cette proximité, ils peuvent les éclairer et remplir une mission cruciale de conseil », souligne Marc Lebel.
L’enjeu consiste notamment à dépasser la seule lecture de l’étiquette énergétique pour apprécier les caractéristiques réelles d’un logement. L’inertie des matériaux, l’exposition, la ventilation ou encore les possibilités de rénovation peuvent avoir une influence importante sur le confort thermique.
Les agents immobiliers peuvent également aider les acquéreurs à mieux anticiper les travaux nécessaires, en distinguant les interventions réalisables à l’échelle du logement de celles qui relèvent de la copropriété.
Cette mission de conseil prend une importance particulière dans un contexte où les ménages doivent arbitrer entre performance énergétique, confort, localisation et budget.
En Île-de-France, les acquéreurs contraints de faire des compromis
L’étude révèle d’ailleurs un paradoxe particulièrement marqué en région parisienne.
Alors que 45 % des Franciliens considèrent le DPE comme un critère de recherche très important, 86 % des recherches immobilières analysées par Jinka en Île-de-France n’excluent pas les logements classés F ou G. Cette proportion atteint 82 % dans le reste de la France.
« Ces chiffres mettent en lumière le dilemme des Franciliens, coincés entre leurs exigences et un marché extrêmement tendu », analyse Marc Lebel.
Dans les secteurs où l’offre demeure insuffisante, les acquéreurs sont ainsi conduits à élargir leurs critères pour conserver un nombre suffisant de biens disponibles.
Ce décalage entre les attentes exprimées et les recherches réellement effectuées illustre les limites d’une sélection fondée uniquement sur la performance énergétique.
L’intelligence artificielle pourrait faire émerger de nouveaux critères immobiliers
Pour Jinka, l’évolution des attentes des particuliers ouvre également de nouvelles perspectives pour les plateformes immobilières et les professionnels.
Avec le développement de l’intelligence artificielle, la recherche pourrait progressivement intégrer des critères plus précis que les caractéristiques traditionnelles d’un logement.
« Chez Jinka, nous sommes convaincus que la véritable plus-value réside dans la qualité et la fiabilité de la donnée, tant pour nourrir l’intelligence artificielle que pour enrichir l’expérience utilisateur », explique Marc Lebel.
Le confort estival, l’exposition aux risques d’inondation ou encore les caractéristiques thermiques d’un bâtiment pourraient ainsi prendre une place croissante dans les recherches immobilières.
Cette évolution suppose toutefois de disposer de données suffisamment fiables et détaillées pour permettre aux particuliers de comparer les logements au-delà de leur seule étiquette énergétique.
Pour les agents immobiliers, elle pourrait également transformer la relation avec les acquéreurs. Mieux informés et disposant de critères plus précis, ces derniers auront besoin d’un accompagnement capable de prendre en compte l’ensemble des dimensions de leur projet.
À mesure que les enjeux climatiques prennent de l’importance, la qualité de l’information immobilière et la capacité des professionnels à l’interpréter pourraient ainsi devenir des éléments déterminants dans le choix d’un logement.
Étude réalisée par YouGov pour Jinka auprès de 1 018 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogées les 3 et 4 septembre 2026. Analyses complémentaires de Jinka réalisées à partir des alertes de recherche immobilière en avril, juin et octobre 2026. Propos de Marc Lebel recueillis en exclusivité par Immobil-IA.





