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Juridique : les 4 points que les professionnels doivent surveiller en 2026 – Alexandra Pillot, CEO d’Avizimmo

Par Alexandra Pillot

mar 6 octobre 2026

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Annonces erronées, estimation trop optimiste, images générées par IA, prospection téléphonique… Le risque juridique immobilier ne se limite plus au mandat ou au compromis. En 2026, il se déplace aussi vers la donnée, la communication et les nouveaux outils numériques.

Les chiffres invitent à la vigilance.

En 2023, la DGCCRF a contrôlé 1 739 professionnels de l’immobilier et relevé au moins une anomalie chez 1 132 d’entre eux, soit 65,1 %. Ce taux ne signifie pas que 65 % de l’ensemble de la profession est en infraction : les contrôles étaient notamment ciblés sur des professionnels ayant fait l’objet de plaintes, signalements ou précédents manquements.

Mais il illustre une réalité : le risque juridique immobilier se diversifie.

1. Annonce erronée : un risque juridique immobilier qui peut coûter cher

L’article L.121-2 du Code de la consommation qualifie notamment de trompeuse une pratique reposant sur des indications fausses ou de nature à induire en erreur sur les caractéristiques essentielles d’un bien ou sur son prix.

Surface, constructibilité, possibilité d’extension, DPE, travaux, vue, équipements, rentabilité ou potentiel du bien : toutes ces informations peuvent influencer la décision d’un acquéreur.

Que dit la jurisprudence ?

La responsabilité de l’agent immobilier n’est pas automatique.

Dans un arrêt du 2 juin 2016, n°15-16.967, la Cour de cassation a considéré qu’un agent immobilier n’avait pas à refaire lui-même le mesurage effectué par un professionnel compétent dont il n’était pas l’auteur. Elle a retenu qu’il ne disposait pas de compétence particulière lui permettant d’apprécier l’exactitude de cette mesure et qu’aucune faute n’était démontrée à son encontre.

Autrement dit : l’agent immobilier n’a pas vocation à devenir géomètre, diagnostiqueur ou urbaniste.

En revanche, cela ne l’autorise pas à diffuser sans précaution une information qu’il sait fausse ou à présenter comme certaine une information qui ne l’est pas.

Ce que vous risquez

Les pratiques commerciales trompeuses sont punies par l’article L.132-2 du Code de la consommation de deux ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende.

Lorsque l’infraction est commise via un service de communication au public en ligne ou un support numérique ou électronique, les peines peuvent être portées à cinq ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende.

À cela peuvent s’ajouter une responsabilité civile et des dommages-intérêts lorsqu’un préjudice est démontré.

Le bon réflexe

Pour toute information déterminante figurant dans une annonce, l’agence devrait pouvoir distinguer clairement :

  • ce qu’elle a elle-même vérifié ;
  • ce qui a été déclaré par le vendeur ;
  • ce qui provient d’un diagnostiqueur ou d’un professionnel tiers ;
  • ce qui constitue une estimation ;
  • ce qui constitue seulement une projection.

Et surtout : conserver la source et sa date.

2. Surestimer un bien pour décrocher un mandat : où commence le risque juridique ?

Un prix de mise en vente trop élevé n’engage pas automatiquement la responsabilité de l’agent immobilier.

Le propriétaire reste libre de fixer le prix auquel il souhaite proposer son bien.

Mais l’estimation n’est pas non plus un simple argument commercial.

Dans un arrêt du 30 octobre 1985, n°84-12.326, la Cour de cassation rappelle que l’agent immobilier est tenu d’une obligation de renseignement et de conseil envers son mandant et doit notamment lui fournir une information loyale sur la valeur du bien. Dans cette affaire, le prix demandé était manifestement sous-évalué.

Le principe reste essentiel : le professionnel doit être capable d’expliquer le conseil donné sur la valeur.

Plus récemment, dans un arrêt du 12 mars 2026, n°24-18.397, la Cour de cassation a confirmé la responsabilité d’un intermédiaire ayant commercialisé un investissement immobilier en présentant essentiellement une hypothèse optimiste de revalorisation, sans suffisamment exposer le risque de dévalorisation du bien. Le préjudice a été analysé comme une perte de chance.

Cette décision concernait un investissement immobilier locatif et non un simple mandat de vente : elle ne signifie donc pas que toute surestimation d’un bien engage automatiquement la responsabilité d’une agence.

Elle rappelle cependant une règle importante : présenter uniquement le scénario favorable peut devenir juridiquement risqué lorsque le professionnel est tenu d’informer son client des risques de l’opération.

Ce que vous risquez

Le risque principal est une mise en cause de la responsabilité civile professionnelle, à condition que le client démontre :

  • une faute ;
  • un préjudice ;
  • un lien de causalité.

Le risque augmente lorsque le prix annoncé est manifestement déconnecté des données disponibles ou lorsque certaines réserves importantes n’ont pas été communiquées au client.

Le bon réflexe

L’avis de valeur devrait distinguer clairement :

la valeur estimée ;
le prix de commercialisation conseillé ;
le prix finalement souhaité par le propriétaire.

Et l’agence devrait conserver :

  • les comparables utilisés ;
  • la date des données ;
  • les caractéristiques retenues ;
  • les réserves émises ;
  • la trace du conseil donné si le vendeur décide de retenir un prix sensiblement supérieur à celui conseillé.

Plus une estimation est argumentée et traçable, plus elle est défendable.

3. Home staging et images générées par IA : montrer le potentiel sans réécrire la réalité

L’intelligence artificielle permet aujourd’hui de meubler virtuellement un appartement, moderniser une cuisine ou montrer un bien après travaux en quelques secondes.

C’est un formidable outil de projection.

Mais c’est aussi un nouveau terrain de risque juridique immobilier.

L’article 50 du règlement européen 2024/1689 sur l’intelligence artificielle impose des obligations de transparence concernant notamment certains systèmes d’IA et certains contenus artificiellement générés ou manipulés. Ces obligations sont applicables depuis le 2 août 2026.

Dans l’immobilier, le sujet devient particulièrement sensible lorsqu’une image réaliste peut être interprétée comme une photographie de l’état actuel du bien.

Faire disparaître une fissure, modifier une vue, créer une terrasse inexistante, supprimer une nuisance ou montrer comme réalisée une extension qui ne l’est pas peut influencer directement la décision d’un acquéreur.

Et indépendamment même de l’AI Act, les règles relatives aux pratiques commerciales trompeuses continuent à s’appliquer.

Ce que vous risquez

Selon les circonstances :

  • mise en cause de la responsabilité civile ;
  • qualification de pratique commerciale trompeuse ;
  • non-respect des obligations de transparence liées à l’IA lorsqu’elles sont applicables.

Le bon réflexe

Toujours distinguer clairement la photographie réelle de la projection.

Par exemple :

« Projection d’aménagement réalisée par IA : illustration non contractuelle. »

ou :

« Simulation après travaux générée par IA : le bien est actuellement présenté différemment. »

Ces formulations ne sont pas imposées mot pour mot par le règlement. Leur objectif est de rendre immédiatement compréhensible le caractère artificiel ou prospectif du visuel.

Une règle simple peut guider les professionnels :

l’IA peut révéler le potentiel d’un bien. Elle ne doit pas réécrire sa réalité.

4. Prospection téléphonique : depuis le 11 août 2026, avoir un numéro ne suffit plus

C’est probablement l’une des évolutions les plus importantes de l’année pour les agences immobilières. Elle touche toutes les techniques de prospection immobilière qui reposent sur un appel direct, et elle change la nature du risque juridique immobilier au quotidien. Pour repenser vos méthodes, lisez aussi notre analyse sur l’après pige à froid.

Depuis le 11 août 2026, l’article L.223-1 du Code de la consommation pose le principe suivant :

un consommateur ne peut plus être démarché téléphoniquement à des fins commerciales s’il n’a pas préalablement donné son consentement.

Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable et résulter d’un acte positif clair.

Et surtout :

c’est au professionnel de prouver qu’il l’a valablement recueilli.

Une exception existe notamment lorsque l’appel intervient dans le cadre de l’exécution d’un contrat en cours et présente un rapport avec l’objet de ce contrat.

Le décret n°2026-662 du 23 juillet 2026 précise les modalités pratiques du consentement. La demande doit notamment permettre d’identifier le professionnel, la nature des biens ou services concernés, l’objet du démarchage et la période pendant laquelle le consommateur accepte d’être appelé. Cette période ne peut excéder un an.

Le bon réflexe : recueillir un consentement précis et traçable

Une formule générale comme :

« J’accepte d’être contacté par nos partenaires »

est trop imprécise pour sécuriser correctement une prospection téléphonique.

Pour une agence immobilière, une formulation plus opérationnelle pourrait être :

« J’accepte d’être contacté(e) par téléphone par [Nom de l’agence] au sujet de ma demande d’estimation et de la mise en vente éventuelle de mon bien, pendant une durée de 6 mois. Je peux retirer mon consentement à tout moment. »

Le principe à retenir est simple :

le prospect doit comprendre qui pourra l’appeler, pour quel objet et pendant combien de temps.

La durée maximale prévue par le texte est d’un an, mais rien n’empêche l’agence de retenir une durée plus courte et cohérente avec le projet immobilier.

Et si le lead vient d’un portail ou d’un partenaire ?

Le fait de disposer du numéro de téléphone d’un prospect ne signifie pas automatiquement que l’agence peut l’appeler.

Lorsqu’un organisme transmet les données d’un particulier à des partenaires pour qu’ils les réutilisent à des fins de prospection, la CNIL demande une information transparente sur cette transmission et recommande, parmi les bonnes pratiques, une liste exhaustive et à jour des partenaires, avec leur identité et idéalement un lien vers leur politique de protection des données.

Avant d’utiliser un lead provenant d’un tiers, une agence devrait donc pouvoir répondre à plusieurs questions :

Qui a recueilli le numéro ?
À quelle date ?
Quel texte le prospect a-t-il accepté ?
Pour quel type de prospection ?
Quels professionnels pouvaient le contacter ?
Pendant combien de temps ?

Un fichier de leads ne vaut pas automatiquement autorisation de prospection.

Que faut-il conserver dans le CRM ?

Concrètement, le CRM devrait permettre de retrouver :

  • l’identité du professionnel autorisé à appeler ;
  • l’objet précis de la prospection ;
  • la nature du service ;
  • la date et l’heure du consentement ;
  • le mode de recueil ;
  • la durée de validité ;
  • le texte exact accepté par le prospect ;
  • la source du lead ;
  • la preuve de l’action positive du consommateur ;
  • la date d’un éventuel retrait.

Le consentement ne doit donc plus être une simple case administrative.

Il doit devenir une preuve exploitable.

Ce que vous risquez

Le risque ne se limite pas à une sanction financière.

L’article L.242-16 du Code de la consommation prévoit qu’un manquement aux dispositions relatives au démarchage téléphonique peut entraîner une amende administrative pouvant atteindre :

75 000 € pour une personne physique ;
375 000 € pour une personne morale.

Mais surtout, l’article L.223-1 prévoit expressément :

« Tout contrat conclu avec un consommateur à la suite d’un démarchage téléphonique réalisé en violation des dispositions du présent article est nul. »

Pour une agence immobilière, la conséquence est considérable.

Un mandat ou un autre contrat conclu avec un consommateur à la suite d’un appel irrégulier peut donc voir sa validité même remise en cause.

La question n’est plus seulement :

« Est-ce que je risque une amende si j’appelle ce prospect ? »

Mais aussi :

« Le contrat obtenu grâce à cet appel est-il juridiquement sécurisé ? »

Risque juridique immobilier : vérifier, sourcer, tracer

L’immobilier devient plus numérique, plus automatisé et désormais largement assisté par l’intelligence artificielle.

Mais automatiser ne signifie pas supprimer la responsabilité du professionnel, ni le risque juridique immobilier qui l’accompagne.

Au contraire, plus l’information circule rapidement, plus la traçabilité devient essentielle.

Avant de publier une information, réaliser une estimation ou contacter un prospect, quelques questions simples devraient devenir systématiques :

Quelle donnée avons-nous utilisée ?
D’où vient-elle ?
À quelle date ?
Pouvons-nous prouver l’information et le conseil donnés au client ?
Pouvons-nous prouver que nous avions le droit de contacter ce prospect ?

En 2026, quatre réflexes devraient presque devenir automatiques :

Vérifier.
Sourcer.
Tracer.
Conserver la preuve.

Car un dossier solide ne se construit pas le jour du contentieux.

Il se construit au moment où le professionnel prend sa décision, publie son information ou conseille son client.

Rédigé par Alexandra Pillot, CEO d’Avizimmo.

Sources des risque juridique immobilier

  1. DGCCRF : Professions de l’immobilier : beaucoup de manquements
    Contrôles 2023 : 1 739 professionnels contrôlés, 1 132 avec au moins une anomalie, soit 65,1 %.
  2. Code de la consommation : article L.121-2
    Pratiques commerciales trompeuses : informations fausses ou de nature à induire en erreur, notamment sur les caractéristiques essentielles ou le prix.
  3. Code de la consommation : article L.132-2
    Sanctions des pratiques commerciales trompeuses, dont l’aggravation lorsqu’elles sont commises en ligne.
  4. Cour de cassation, 3e chambre civile, 2 juin 2016, n°15-16.967
    Absence de faute de l’agent immobilier sur un mesurage réalisé par un tiers.
  5. Cour de cassation, 1re chambre civile, 30 octobre 1985, n°84-12.326
    Obligation de renseignement et de conseil de l’agent immobilier sur la valeur du bien mis en vente.
  6. Cour de cassation, 3e chambre civile, 12 mars 2026, n°24-18.397
    Manquement d’un intermédiaire à son obligation d’information et de conseil, perte de chance.
  7. Règlement européen sur l’intelligence artificielle : règlement (UE) 2024/1689
    À citer notamment pour les obligations de transparence relatives à certains contenus générés ou manipulés par IA (article 50).
  8. Code de la consommation : article L.223-1
    Nouveau régime du démarchage téléphonique B2C applicable depuis le 11 août 2026 : principe de consentement préalable.
  9. Décret n°2026-662 du 23 juillet 2026
    Modalités de recueil, de conservation et de retrait du consentement à la prospection commerciale par téléphone.
  10. CNIL : Transmission des données de particuliers à des partenaires commerciaux
    Informations à fournir, recueil du consentement, identification des partenaires et recommandation d’une liste exhaustive et actualisée.
  11. CNIL : Prospection commerciale par email, SMS, MMS et automate d’appel
    Rappel des caractéristiques d’un consentement valable : libre, spécifique, éclairé et univoque, avec action positive de la personne.
  12. Code de la consommation : article L.242-16
    Sanctions administratives applicables aux manquements aux règles du démarchage téléphonique.

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