Après plusieurs mois de reprise progressive, le marché du crédit immobilier montre des signes d’essoufflement. En avril, les taux ont légèrement progressé dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient, la remontée des tensions obligataires et le retour de l’inflation. Si le crédit continue de circuler, la solvabilité des ménages se dégrade et la reprise observée depuis 2025 perd en intensité.
Le redémarrage du marché immobilier reste fragile. Selon le dernier tableau de bord de l’Observatoire Crédit Logement/CSA, le taux moyen des crédits immobiliers s’est établi à 3,23 % en avril 2026, contre 3,16 % en décembre 2025. Une hausse limitée, mais qui confirme la fin de la phase de détente observée en 2024 et au début de l’année 2025.
Dans le détail, les taux atteignent désormais 3,06 % sur 15 ans, 3,27 % sur 20 ans et 3,31 % sur 25 ans.
Cette remontée s’explique en partie par la dégradation du contexte international. Crédit Logement évoque directement les conséquences économiques du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, qui a ravivé les tensions sur les marchés financiers et accru l’incertitude économique. Face à la hausse des coûts de refinancement et au risque accru de défaut, les banques ajustent progressivement leur stratégie.
En mars, elles avaient encore limité la hausse de leurs barèmes pour soutenir une demande affaiblie. En avril, avec le retour saisonnier des projets immobiliers, elles ont commencé à relever plus franchement certains taux tout en restant prudentes.
Des banques toujours actives, mais plus sélectives
Contrairement au scénario observé en 2022, le crédit ne s’est pas brutalement refermé.
Les banques continuent d’accompagner les emprunteurs en allongeant les durées pour préserver leur capacité d’achat. La durée moyenne des prêts accordés atteint désormais 249 mois, soit l’un des niveaux les plus élevés jamais observés.
Dans le neuf, elle grimpe à 264 mois, contre 260 mois dans l’ancien. Mais cette mécanique atteint progressivement ses limites.
La part des prêts de plus de 25 ans recule à 47,1 %, contre 51,1 % en 2024, signe que les établissements cherchent également à limiter leur exposition sur les financements les plus longs.
En parallèle, les banques privilégient davantage les profils disposant d’un apport plus important, notamment sur le marché de l’ancien où l’apport personnel progresse de 5,8 % sur un an.
Le pouvoir d’achat immobilier recommence à se dégrader
C’est probablement le signal le plus préoccupant. Les revenus des emprunteurs progressent désormais très faiblement, à seulement +0,2 % sur le premier quadrimestre 2026, après +2,4 % en 2025.
Dans le même temps, le coût des opérations immobilières continue d’augmenter rapidement, à +3,9 % sur un an. Résultat, le coût d’un achat immobilier représente désormais 4,3 années de revenus, contre 4,2 années un an plus tôt. Autrement dit, même si les taux restent loin des pics observés en 2023, la capacité réelle des ménages à acheter se dégrade à nouveau.
Les primo-accédants restent particulièrement exposés, notamment dans le neuf où la hausse des coûts continue de peser malgré le soutien du PTZ.
Une reprise qui continue, mais qui perd nettement en vitesse
Le marché reste orienté à la hausse, mais le rythme ralentit fortement.
En avril 2026 :
- la production de crédits progresse encore de 3,7 %
- le nombre de prêts accordés augmente de 9,5 %
Mais à la même période l’an dernier, ces progressions atteignaient respectivement 45,6 % et 57,5 %.
Le constat est encore plus marqué dans l’ancien, où la production recule désormais de 4 % sur un an, malgré une hausse du nombre de prêts accordés.
Même constat dans le neuf, où la reprise reste portée principalement par la maison individuelle et le PTZ.
Surtout, Crédit Logement rappelle que l’activité actuelle demeure encore très inférieure aux niveaux observés entre 2016 et 2019 :
- -24 % sur le nombre de prêt
- -37 % sur la production de crédits
La reprise est donc bien réelle, mais elle reste incomplète.
Le marché reste suspendu à des facteurs extérieurs
L’immobilier retrouve un problème qu’il connaît bien depuis trois ans : sa dépendance croissante à des variables extérieures.
Inflation, tensions géopolitiques, coût de l’énergie, marchés obligataires ou encore politique monétaire de la BCE continuent d’influencer directement la dynamique du marché résidentiel.
Après plusieurs mois plus favorables, avril rappelle que la reprise immobilière reste fragile. Le crédit continue d’alimenter le marché, mais dans des conditions plus complexes pour les ménages.
Et si les tensions internationales devaient s’installer durablement, le rebond observé depuis 2025 pourrait rapidement perdre davantage de vigueur.
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