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“L’immobilier est un terrain d’expression immense : il y a de la place pour une multitude d’acteurs” (Mathilde Dezalys)

Par Cassandre Tarvic

lun 1 juin 2026

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Malgré un contexte économique incertain, le marché immobilier conserve un fort potentiel de développement pour les réseaux de mandataires selon Mathilde Dezalys. Nommée récemment à la présidence du groupe Oryx, propriétaire de Propriétés Privées, elle défend un modèle fondé sur la croissance de la professionnalisation de l’intermédiation des transactions, l’accompagnement technologique et la proximité humaine. Dans cette interview exclusive pour Immobil-IA, Mathilde Dezalys revient également sur les ambitions de croissance du groupe à horizon 2030.

Comment se positionne Propriétés Privées au sein du marché de la transaction ?

Mathilde Dezalys : Nous sommes aujourd’hui l’un des quatre plus gros réseaux de mandataires en France, avec 3 500 conseillers. Nous avons réalisé une croissance supérieure à 25 % en 2025, pour une moyenne d’environ +10 % sur le marché. C’est une dynamique qui reflète aussi l’avance prise par les réseaux de mandataires sur le marché.

Notre réseau existe depuis vingt ans et a été très innovant à son lancement, avec la volonté d’accompagner les professionnels de l’immobilier via une plateforme de services à distance plutôt qu’à travers un réseau d’agences physiques. Nous avons aussi une typologie de conseillers particulière. Chez nous, on parle de « producteurs » : des gens passionnés par l’immobilier et par le fait de vendre des maisons au quotidien.

En termes de structure, le groupe Oryx repose sur deux grands métiers : la transaction et la gestion locative. Propriétés Privées en est le bateau amiral.

Quels sont aujourd’hui vos principaux enjeux de développement ?

M-D : Le premier enjeu, c’est de continuer à faire vivre cette saga des réseaux de mandataires, qui représentent aujourd’hui environ 28 % de parts de marché sur la transaction intermédiée. J’ai auparavant évolué dans des secteurs aussi complexes, comme les biens de consommations, et je constate à quel point l’immobilier est un terrain d’expression immense. Il y a de quoi faire et de la place pour une multitude de d’acteurs.

L’un des grands sujets est la professionnalisation de toutes les transactions qui se font encore pour certaines de particulier à particulier. Aujourd’hui encore 30% des transactions immobilières sont désintermédiées. Beaucoup pourraient être accompagnées par des professionnels comme les nôtres. Notre modèle doit continuer à croître tout en restant agile et professionnel. Cela passe notamment par la formation et l’accompagnement de nos conseillers.

Le deuxième enjeu concerne la technologie. Nous sommes aussi une plateforme de services technologiques au service de nos conseillers. L’IA doit d’abord remplir ce rôle : faire gagner du temps et permettre aux conseillers de consacrer davantage d’énergie à la relation humaine, qui reste fondamentale dans un projet immobilier et notre ADN chez Propriétés Privées.

Enfin, le troisième enjeu est lié à la complexification du marché. Les conseillers doivent aujourd’hui maîtriser des sujets juridiques, réglementaires et techniques de plus en plus nombreux : DPE, réglementation, diagnostics… Les acquéreurs-vendeurs ont eux-mêmes accès à énormément d’informations. Face à eux, il faut des professionnels capables d’apporter une lecture du marché, du conseil individualisé et de la sécurisation.

Le marché immobilier a été chahuté au cours des deux dernières années. Comment analysez-vous le contexte actuel ?

M-D : Les difficultés peuvent être des opportunités. Le succès ira à ceux qui seront les plus agiles et les plus structurés. Le contexte est évidemment incertain, notamment sur le plan international et conjoncturel, mais cela ne veut pas dire que tout s’est arrêté.

L’immobilier reste un marché particulier, à la fois financier et émotionnel. La confiance joue un rôle majeur dans les décisions. C’est aussi ce qui explique que certains conseillers bien implantés localement continuent aujourd’hui à très bien travailler malgré un marché plus difficile. Quand la relation de confiance est forte, les projets continuent à se concrétiser

On constate tout de même un marché qui repart depuis l’an dernier. Ce n’est pas une croissance euphorique, mais plutôt un retour à la normal avec un marché d’environ 950 000 transactions par an correspond aux besoins structurels des Français.

Les banques restent plutôt volontaristes sur le crédit immobilier, même si elles demeurent sélectives. La quantité de crédits octroyés reste importante et les taux sont plutôt dans une logique de stabilisation.

Nous allons néanmoins entrer dans une période qui risque d’apporter de nouvelles incertitudes, notamment avec les prochaines échéances présidentielles.

Mais j’aborde ce contexte positivement. J’ai travaillé pendant vingt ans dans des univers où il fallait investir à très long terme sans toujours savoir dans quel environnement économique ou politique on évoluerait.

Pourquoi les réseaux de mandataires continuent-ils à gagner des parts de marché, selon vous ?

M-D :Je pense que la distinction entre agences traditionnelles et réseaux de mandataires a de moins en moins de sens pour les Français. Nous avons tous intérêt à défendre la médiation par un professionnel de l’immobilier, parce qu’elle sécurise les transactions.

Nous avons de nombreux points forts chez Propriétés Privées. D’une part, nous sommes l’un des seuls réseaux à disposer d’un service juridique structuré. Nous rédigeons par exemple nous-mêmes des compromis pour la plupart de nos mandataires ; d’autre part, notre technologie et la formation de nos conseillers facilitent le parcours acquéreurs sur l’ensemble de la chaîne.

Avec ces piliers solides et la force de notre collectif, nous avançons avec confiance vers l’avenir

Vous êtes-vous fixé des objectifs pour les prochaines années ?

M-D : Nous avons réalisé plus de 10 000 transactions en 2025. L’objectif est d’atteindre les 30 000 en 2030. L’année 2026 est une année de structuration technologique.

Nous travaillons à alléger les outils du quotidien pour permettre aux conseillers d’aller plus vite et d’être plus efficaces. Nous avons par exemple lancé une application d’apporteurs d’affaires, Widir, ainsi qu’une nouvelle version de notre outil cadastre.com.

Nous mettons aussi un fort accent sur le travail en équipe, la visibilité des conseillers, l’utilisation des recommandations clients et des réseaux sociaux. Tous les outils que nous développons ou intégrons sont désormais analysés à travers le prisme de l’IA.

Comment travaillez-vous aujourd’hui la notoriété de Propriétés Privées ?

M-D : L’un des principaux leviers est la communication auprès de nos acquéreurs et vendeurs. Nous retravaillons beaucoup nos fichiers clients depuis plusieurs mois. Nous encourageons fortement nos conseillers à développer leur propre communication locale.

Quelle est votre stratégie en matière de recrutement de nouveaux conseillers ?

M-D : Nous privilégions énormément le recrutement par recommandation. Nous avons une vision très précise du maillage territorial, avec une attention particulière portée à la densité de conseillers sur chaque secteur. Nous essayons de préserver des territoires cohérents pour permettre à chacun de développer son activité.

Nous recrutons aussi via des outils de marketing digital et de communication, notamment dans les zones où nous sommes moins présents. Ensuite, nous avons deux parcours d’intégration distincts : un pour les professionnels déjà expérimentés et un autre pour les profils en reconversion.

Pour les reconversions, nous insistons beaucoup sur la réalité du métier et sur les compétences nécessaires. Ce n’est pas un métier facile. Chaque conseiller bénéficie ensuite d’un coach chargé de l’accompagner dans son activité et dans l’atteinte de ses objectifs.

Vous évoquez également une certaine diversité dans les profils recrutés.

M-D : Oui, et j’en suis très heureuse. Nous accueillons des profils extrêmement variés : anciens professionnels de santé, commerçants, cadres en reconversion…

L’immobilier permet de réussir de très belles reconversions professionnelles, y compris à des âges où cela reste compliqué dans beaucoup d’autres secteurs.

Cette diversité apporte énormément de richesse dans nos réseaux. Nous avons des profils très différents, des conseillers de 25 ans comme de 65 ans, et c’est aussi ce qui fait notre force aujourd’hui.

Par ailleurs, c’est un secteur très féminin, notamment dans les réseaux de mandataires. C’est pourquoi je suis ravie de contribuer à féminiser le paysage des dirigeants de réseaux immobiliers, et j’espère que cela permettra aussi d’attirer encore davantage de femmes dans nos métiers qui y sont déjà présentes à plus de 55%.

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