Interview exclusive
Créé en 2010, l’éditeur VILOGI propose deux logiciels métiers : l’un pour la gestion de copropriété (syndic), l’autre pour la gestion locative. Alors que l’intelligence artificielle s’invite dans tous les discours du secteur, Samuel Essaka Ekedi, directeur du développement de Vilogi, revient sur la stratégie d’innovation de Vilogi, sa vision de l’intégration d’outils IA et les différents chantiers en cours : automatisation de la comptabilité, facturation électronique, ou encore entraînement de modèles internes…
Vilogi affiche une croissance soutenue depuis plusieurs années. Comment l’expliquez-vous ?
En effet, nous avons encore progressé de 30 % l’année entre 2025 et 2026, et de 42 % l’année précédente. Nous sommes à plus de deux chiffres depuis six ans. Avant cela, nous avons toujours été supérieurs à +27 %.
Notre force réside dans l’interopérabilité. Nous proposons deux logiciels métiers : l’un pour la gestion de copropriété (syndic), l’autre pour la gestion locative. Et pendant longtemps, VILOGI a été l’une des seules plateformes métier, parmi les logiciels matures, à proposer des API. Aujourd’hui, d’autres acteurs commencent à le faire, mais cela fait partie de notre ADN depuis longtemps. Nos clients disposent de leurs données en temps réel et peuvent les connecter aux outils de leur choix.
Autre spécificité : notre modèle économique ne repose pas sur des options. Tous nos clients ont accès aux mêmes fonctionnalités et aux mêmes innovations. Le seul critère tarifaire est leur volume d’activité.
Quelle est la proposition de valeur de VILOGI sur un marché où les offres logicielles se multiplient ?
La plupart des logiciels historiques ont été conçus il y a vingt ou trente ans, à une époque où l’impératif était la comptabilité. Au fil du temps, de nouvelles briques sont venues s’y greffer. Et ils se retrouvent aujourd’hui confrontés au défi de l’intelligence artificielle parce qu’ils n’ont pas été conçus pour ça. Nous avons fait un choix différent : dès le départ, nous avons construit une plateforme pensée comme un écosystème digital intégré.
L’objectif est de limiter au maximum les ruptures de charge. Les états des lieux, les e-mails, les outils de diffusion ou encore la relation client sont directement intégrés dans la plateforme. Notre volonté est de réunir l’ensemble des besoins opérationnels dans un seul environnement de travail.
Quels sont aujourd’hui les principaux usages de l’intelligence artificielle au sein de Vilogi ?
Notre logique reste toujours la même : utiliser l’IA lorsqu’elle répond à un besoin métier. Nous proposons par exemple une application d’état des lieux qui s’appuie sur l’IA : l’utilisateur prend une photo et le logiciel décrit automatiquement le bien, qu’il ne reste plus qu’à compléter si nécessaire. Nous avons développé un fonctionnement similaire pour les visites techniques d’immeubles.
Nous avons également conçu un outil qui facilite la reprise d’une copropriété lors d’un changement de syndic. À partir des documents disponibles, comme les procès-verbaux d’assemblée générale, le logiciel génère automatiquement une première création de l’immeuble, que l’utilisateur n’a plus qu’à corriger. Cela réduit considérablement le temps de saisie.
Nous proposons aussi un chatbot conversationnel qui accompagne les utilisateurs dans la prise en main du logiciel, ainsi que des tableaux de bord permettant d’analyser précisément la rentabilité des portefeuilles.
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Comment identifiez-vous les innovations à développer ?
Nous passons beaucoup de temps avec nos clients. Nous observons leurs méthodes de travail et organisons deux webinaires chaque semaine, un pour chacun de nos logiciels. Ces échanges nous permettent d’identifier leurs difficultés.
C’est notamment ainsi qu’est née notre réflexion sur la rentabilité des syndics. On entend souvent dire que cette activité n’est pas rentable et qu’il faut se développer dans la transaction. Nous pensons au contraire qu’elle peut rester rentable à condition de mieux mesurer les coûts opérationnels. Nos tableaux de bord permettent ainsi d’identifier les immeubles rentables, ceux qui le sont moins et d’adapter les honoraires, voire de renoncer à certains immeubles. En conciliant qualité de gestion et réalité économique, il est tout à fait possible de bien vivre de cette activité.
L’intelligence artificielle est désormais omniprésente dans les discours du secteur. Comment abordez-vous ce phénomène chez Vilogi ?
La gestion immobilière est un formidable terrain de jeu pour l’intelligence artificielle. C’est extrêmement enthousiasmant. En revanche, je trouve parfois regrettable que certains professionnels oublient leur métier pour passer leur temps à développer des outils qu’ils ne maîtrisent pas forcément. Tout le monde ne devient pas éditeur de logiciels en quelques semaines.
On nous demande très souvent comment nous intégrons l’IA, beaucoup moins comment nous améliorons concrètement le quotidien des gestionnaires. J’ai peur que cette focalisation conduise certains acteurs à développer des gadgets qui disperseront la valeur plutôt qu’à résoudre les véritables difficultés du métier.
Pour nous, l’intérêt de l’IA est ailleurs. Demain, elle pourra par exemple déclencher automatiquement certains rappels ou anticiper les dépenses futures d’une copropriété. C’est ce type d’automatisation qui nous intéresse.
Quelle est votre méthode pour identifier les cas d’usage où l’IA apporte une réelle valeur ajoutée ?
Nous partons toujours d’un problème métier. Prenons l’exemple d’un règlement de copropriété ancien. Pendant longtemps, nous étions incapables de l’intégrer automatiquement dans notre logiciel. Aujourd’hui, grâce aux modèles d’apprentissage, cela devient possible.
Nous utilisons donc l’intelligence artificielle pour résoudre des difficultés que nous avions déjà identifiées. Ce n’est qu’ensuite que nous nous demandons comment créer de la valeur pour nos clients. Beaucoup d’entreprises partent aujourd’hui de la question : « Que peut-on faire avec l’IA ? » Nous faisons exactement l’inverse. Notre feuille de route est construite à partir des besoins exprimés par nos clients et des limites que nous rencontrons encore aujourd’hui. L’IA nous permet simplement d’aller plus vite. Nous sommes dans le monde réel, pas dans l’IA pour l’IA.
Vous indiquez entraîner vos propres modèles d’IA. Pourquoi ce choix ?
L’enjeu majeur de l’intelligence artificielle est la donnée. Aujourd’hui, beaucoup d’acteurs dépendent des grands modèles américains. Demain, ces partenaires peuvent modifier leurs conditions d’accès ou leurs modèles économiques. Nous souhaitons donc développer progressivement nos propres modèles, entraînés sur nos données. L’objectif est de conserver la maîtrise de notre technologie et de notre capacité d’innovation. Nous aurons sans doute quelques annonces à faire dans les prochains mois.
Quels sont aujourd’hui vos principaux chantiers de développement ?
Nous poursuivons l’automatisation de la comptabilité, qui reste un métier très répétitif. Nous travaillons également sur notre interface utilisateur. Nos fonctionnalités sont très riches, mais notre design peut parfois paraître daté. C’est un chantier important. Enfin, nous continuons d’observer les innovations du marché. Nous sommes régulièrement sollicités par des entreprises spécialisées dans l’IA, mais nous restons concentrés sur notre cœur de métier et sur notre plateforme intégrée.
La réglementation évolue rapidement. Comment accompagnez-vous vos clients ?
Il est toujours difficile d’anticiper un texte tant qu’il n’est pas définitivement adopté. Le principal chantier réglementaire est aujourd’hui la facturation électronique. Nous avons choisi un partenaire et développons actuellement un module entièrement intégré à VILOGI. Les factures fournisseurs et clients transiteront directement par la plateforme, avec une mise en œuvre prévue à partir de septembre.
Quel message souhaitez-vous adresser aux administrateurs de biens ?
Le logiciel est devenu un enjeu stratégique. Beaucoup d’entreprises devront faire évoluer leurs outils dans les prochaines années. Il ne faut pas attendre d’être contraint pour s’y intéresser. Les professionnels ont intérêt à multiplier les démonstrations, même sans projet immédiat, afin de comprendre les possibilités qui existent.
Aujourd’hui, les meilleures technologies sont accessibles à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. L’enjeu n’est plus seulement opérationnel : c’est aussi un enjeu d’outil.





