Pendant longtemps, le prix, l’emploi ou encore les transports ont largement dicté les choix résidentiels des Français. Mais face à la multiplication des épisodes de canicule, une nouvelle variable s’impose progressivement : le confort climatique. Selon la dernière étude de leboncoin, la chaleur influence désormais les projets immobiliers d’une part croissante de la population, au point de dessiner les prémices d’une nouvelle géographie résidentielle… et peut-être d’une nouvelle fracture du marché.
La chaleur s’invite dans les critères de choix d’un logement
La canicule n’est plus perçue comme un épisode exceptionnel. Elle devient une réalité avec laquelle les Français doivent composer au quotidien.
Selon l’étude « Canicule & Immobilier 2026 » réalisée par leboncoin auprès de 1 752 répondants, 81 % des Français déclarent ressentir parfois ou souvent un inconfort important lié aux fortes chaleurs dans leur logement. Plus d’un tiers intègrent désormais le climat dans leur réflexion lorsqu’ils envisagent un projet immobilier.
Cette évolution se traduit déjà dans les intentions. Au total, 34 % des Français déclarent envisager, dès aujourd’hui ou à terme, de déménager si les épisodes de canicule venaient à s’intensifier. Dans le détail, 7 % affirment sérieusement envisager un départ tandis que 27 % pourraient y réfléchir dans les prochaines années.
« Les Français ne déménagent pas encore à cause du climat, mais ils commencent à choisir où vivre en fonction de lui. Le climat devient progressivement un critère immobilier au même titre que le budget ou l’emploi », analyse Nicolas Garcia Benitez, directeur du marché immobilier chez leboncoin.
Les jeunes générations ouvrent la voie
Le phénomène est particulièrement marqué chez les plus jeunes.
Parmi les 18-24 ans, 12 % envisagent déjà sérieusement de quitter leur logement pour des raisons liées aux fortes chaleurs, contre seulement 1 % des plus de 65 ans.
Une tendance qui laisse penser que le confort climatique pourrait progressivement devenir un critère durable dans les arbitrages résidentiels des prochaines décennies.
Une nouvelle géographie immobilière se dessine
Sans surprise, ce sont les habitants des territoires les plus exposés aux fortes chaleurs qui expriment aujourd’hui les plus fortes envies de départ.
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur arrive largement en tête : 18 % de ses habitants envisagent sérieusement de déménager, contre 8 % en Occitanie, en Auvergne-Rhône-Alpes ou encore en Centre-Val de Loire.
À l’inverse, lorsqu’ils imaginent un territoire plus agréable à vivre, les Français privilégient largement les zones réputées plus tempérées.
Le littoral atlantique arrive en tête des destinations rêvées (42 %), devant les territoires de montagne (27 %) puis le nord de la France (18 %).
Bretagne, Normandie et façade Atlantique apparaissent ainsi comme les principaux bénéficiaires potentiels de cette évolution des préférences résidentielles. Les Alpes, les Pyrénées ou encore le Massif Central pourraient également profiter de cette recherche croissante de fraîcheur.
Vers une nouvelle fracture immobilière
L’enseignement le plus marquant de cette étude ne réside peut-être pas dans l’envie de partir, mais dans la difficulté à le faire.
Les principaux freins évoqués restent avant tout familiaux, professionnels et financiers. Ainsi, 51 % des répondants souhaitent rester proches de leurs proches, 45 % ne veulent pas s’éloigner de leur emploi, 43 % sont attachés à leur région et 39 % citent le coût d’un déménagement ou le prix de l’immobilier.
Cette dernière donnée progresse sensiblement par rapport à 2025.
« De plus en plus de Français considèrent que les territoires les plus frais sont aussi des territoires plus difficiles d’accès financièrement. Cette perception progresse de 7 points par rapport à l’année dernière », souligne Nicolas Garcia Benitez.
Autrement dit, la fraîcheur pourrait progressivement devenir un nouvel élément de valorisation immobilière. Les territoires offrant un meilleur confort climatique pourraient voir leur attractivité, et potentiellement leurs prix, se renforcer.
La résidence secondaire comme solution d’adaptation
Plutôt qu’un déménagement définitif, certains ménages privilégient une stratégie plus progressive.
Ainsi, 7 % des Français envisagent sérieusement d’acquérir une résidence secondaire dans une région plus fraîche, tandis que 26 % pourraient y réfléchir si les épisodes de canicule devenaient plus fréquents.
Cette solution risque toutefois d’accentuer les écarts entre les ménages capables de choisir leur climat et ceux qui devront continuer à subir les effets des fortes chaleurs.
Un enjeu croissant pour les professionnels de l’immobilier
Pour les acteurs de l’immobilier, ces résultats traduisent une évolution qui dépasse largement le simple confort d’été.
Orientation du logement, isolation, végétalisation, présence d’espaces extérieurs, inertie thermique, performance énergétique ou encore accès à des îlots de fraîcheur pourraient progressivement prendre davantage de poids dans les critères de décision des acquéreurs.
À mesure que les épisodes de canicule se multiplient, le climat semble ainsi s’imposer comme une nouvelle variable de valorisation des biens. Plus qu’un exode climatique massif, l’étude du boncoin met en lumière l’émergence d’un « réflexe climatique » susceptible de transformer durablement les attentes des Français… et, à terme, les équilibres du marché immobilier.




