Le gouvernement poursuit la refonte de MaPrimeRénov‘. Après plusieurs semaines d’incertitudes, les grandes orientations de la réforme se précisent. À partir de septembre 2026, les aides seront largement recentrées sur les rénovations globales, tandis que la plupart des travaux réalisés de manière isolée ne bénéficieront plus d’un soutien financier. Une évolution qui s’accompagne de l’apparition d’un nouveau critère lié au confort d’été et qui suscite déjà de vives réactions chez les professionnels du bâtiment.
Le mono-geste largement écarté des aides
Invité de LCP le 29 juin, le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, a confirmé la volonté du gouvernement de concentrer les financements publics sur les rénovations les plus performantes.
Concrètement, le parcours « par geste », qui permettait jusqu’à présent de financer un seul type de travaux, va être profondément remanié. Seules trois opérations resteront éligibles lorsqu’elles sont réalisées seules : l’installation d’une pompe à chaleur destinée au chauffage, le raccordement à un réseau de chaleur ou de froid et la dépose d’une cuve à fioul.
En revanche, plusieurs interventions très courantes sortiront du dispositif lorsqu’elles sont réalisées de façon isolée. C’est notamment le cas de l’isolation des combles et des toitures, du remplacement des fenêtres, de la ventilation, des poêles à bois ou à granulés, des chauffe-eau solaires ou encore des pompes à chaleur dédiées à la production d’eau chaude sanitaire.
Ces travaux continueront toutefois d’être financés lorsqu’ils s’inscrivent dans un projet de rénovation d’ampleur, comprenant plusieurs interventions coordonnées, un audit énergétique et un accompagnement obligatoire.
Un changement de philosophie
Pour le gouvernement, cette évolution répond à un objectif d’efficacité énergétique.
Les rénovations réalisées par étapes sont régulièrement critiquées pour leurs gains parfois limités lorsque le logement demeure insuffisamment isolé. L’exécutif souhaite donc réserver une plus grande partie des financements publics aux rénovations capables d’améliorer significativement la performance énergétique des bâtiments.
Le ministre a également indiqué vouloir, à terme, permettre aux propriétaires de phaser leurs rénovations afin d’étaler leur investissement tout en conservant une logique de rénovation globale.
Le confort d’été devient un nouveau critère
Autre évolution majeure annoncée, MaPrimeRénov‘ intégrera désormais le confort d’été parmi ses critères d’éligibilité.
Face à la multiplication des épisodes de fortes chaleurs, les aides devront également favoriser les travaux permettant de limiter la surchauffe des logements.
L’objectif est désormais de lutter à la fois contre les passoires thermiques en hiver et contre les logements qualifiés de « bouilloires thermiques » durant l’été.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et où les enjeux de confort climatique prennent une place croissante dans les politiques du logement.
Les professionnels redoutent un frein aux rénovations
Si le gouvernement assume ce recentrage, la réforme inquiète déjà une partie de la filière.
La CAPEB estime que la suppression d’une grande partie des aides au mono-geste risque de pénaliser aussi bien les artisans que les ménages modestes.
Pour son président, Jean-Christophe Repon, « le monogeste n’est pas l’opposé de la rénovation globale. Il est le point de départ d’un parcours de rénovation par étapes ».
L’organisation rappelle que de nombreux propriétaires ne disposent pas des capacités financières nécessaires pour engager immédiatement une rénovation complète. Les travaux réalisés progressivement constituent souvent la seule porte d’entrée vers une amélioration énergétique plus ambitieuse.
Les artisans soulignent également une contradiction entre cette réforme et les récentes annonces gouvernementales visant à assouplir les conditions de location des logements classés F et G, sous réserve d’un engagement à réaliser des travaux.
Selon eux, limiter les aides sur les premières étapes de rénovation pourrait au contraire ralentir les projets et retarder la remise sur le marché de nombreux logements.
Des conséquences directes pour les propriétaires
Les nouvelles règles devraient entrer en vigueur dès septembre 2026, après leur présentation au Conseil national de l’habitat début juillet.
Pour les propriétaires occupants comme pour les bailleurs, la stratégie de rénovation devra désormais être repensée. Les projets limités au remplacement de fenêtres, à l’isolation des combles ou à l’installation d’un poêle ne bénéficieront plus des mêmes soutiens financiers, sauf s’ils s’inscrivent dans une rénovation globale.
Cette réforme marque ainsi un tournant important de MaPrimeRénov’. Si l’objectif affiché consiste à maximiser l’efficacité énergétique des investissements publics, son impact sur la capacité des ménages à engager progressivement des travaux de rénovation reste désormais l’une des principales interrogations du secteur.




