La justice reconnaît pour la première fois qu’une dégradation de réputation peut constituer un manquement contractuel du franchiseur et ouvrir droit à réparation financière
Selon des informations révélées par Agence France-Presse, confirmées par des éléments publiés par Le Figaro, le Tribunal des activités économiques de Paris a condamné Stéphane Plaza Immobilier à indemniser un ancien franchisé pour la perte d’attractivité commerciale de l’enseigne, consécutive aux déboires judiciaires de Stéphane Plaza. Une décision rare, et potentiellement structurante pour l’ensemble des réseaux de franchise immobiliers.
Une atteinte à l’image transformée en préjudice économique
Dans son jugement du 17 décembre 2025, le tribunal estime que la forte médiatisation des accusations visant l’animateur, puis sa condamnation pénale en première instance, ont directement affecté la perception du public et, par ricochet, l’activité commerciale des agences sous enseigne.
Les juges retiennent une perte d’attractivité de la marque, une baisse du chiffre d’affaires et une diminution des mandats confiés aux agences.
La sanction financière dépasse 117 000 euros.
Fait notable, le préjudice est précisément ventilé :
- remboursement des redevances de franchise versées
- indemnisation de la perte de chance de revendre le fonds de commerce
- compensation du manque à gagner lié aux transactions non réalisées
La dégradation d’image est ainsi traitée comme un dommage économique mesurable.
Des franchisés qui quittent le réseau
Au-delà des montants, l’affaire révèle une rupture plus profonde.
Les plaignants ont choisi de ne pas renouveler leur contrat de franchise arrivé à échéance, estimant que la marque ne leur apportait plus la valeur commerciale initialement promise. Selon la décision, la perte de confiance d’une partie de la clientèle a rendu plus difficile l’acquisition de mandats et fragilisé la revente de l’activité.
Autrement dit, la crise réputationnelle s’est traduite par une décision business radicale : sortir du réseau.
Des mesures de crise jugées inefficaces par le tribunal
Le franchiseur avait pourtant tenté plusieurs leviers pour contenir l’impact.
Parmi eux :
- baisse temporaire des redevances
- opérations de communication
- possibilité offerte aux agences locales de dissocier leur nom de celui de Stéphane Plaza
Mais le tribunal considère que ces initiatives n’ont pas permis d’atténuer les effets de la crise. Certaines sont même qualifiées d’inadaptées ou contre-productives. Les juges relèvent également la perte du bénéfice d’une exposition médiatique nationale ainsi qu’une défiance accrue du public et des partenaires commerciaux.
La réponse opérationnelle du réseau n’a donc pas suffi à restaurer l’attractivité de l’enseigne.
La marque, obligation contractuelle du franchiseur
Sur le plan juridique, le raisonnement repose sur un principe simple.
Le contrat de franchise ne porte pas uniquement sur un savoir-faire ou des outils marketing. Il inclut également la préservation et le développement de la notoriété de la marque.
En estimant que cette obligation n’a pas été respectée, la justice qualifie la situation d’inexécution contractuelle.
La réputation constitue ainsi un élément à part entière de la valeur du contrat.
Un précédent qui dépasse le seul cas Plaza
La portée du jugement dépasse largement ce réseau.
Dans un marché immobilier sous tension, où la différenciation repose souvent d’abord sur la crédibilité de l’enseigne, la décision pourrait encourager d’autres franchisés à contester les conséquences économiques d’une crise d’image.
Elle interroge également les modèles très incarnés, construits autour d’une personnalité médiatique. Plus la notoriété d’une marque dépend d’une figure publique, plus le risque réputationnel devient un risque juridique.
Pour les têtes de réseau, la question n’est plus seulement marketing, mais assurantielle et contractuelle.
Une affaire appelée à faire jurisprudence ?
Stéphane Plaza Immobilier a annoncé contester la décision et faire appel. D’autres procédures seraient déjà en cours.
En attendant, le tribunal rappelle que, dans la franchise immobilière, la valeur d’une marque ne relève pas seulement de l’immatériel. Elle peut être évaluée, discutée et, le cas échéant, donner lieu à indemnisation.




