La crise du logement ne relève plus seulement du social. Elle devient un sujet économique majeur pour l’ensemble de la filière immobilière.
Avec seulement 274 000 logements mis en chantier sur un an, la production française reste durablement sous les 300 000 unités, très loin des 400 000 nécessaires chaque année pour absorber la démographie, renouveler le parc et résorber la pénurie accumulée. Conséquence directe, le marché se tend, la mobilité résidentielle ralentit et toute la chaîne immobilière se grippe, du logement social à la transaction privée. Le dernier rapport annuel de la Fondation pour le Logement des Défavorisés dresse un constat sans ambiguïté. Le mal-logement devient particulièrement préoccupant.
Une crise devenue structurelle
Les indicateurs atteignent des niveaux inédits. La France compte désormais 350 000 personnes sans domicile, près d’un million sans logement personnel (rue, hébergement d’urgence ou chez des tiers), 2,8 millions de ménages en attente d’un logement social et 24 556 expulsions locatives avec concours de la force publique, un record historique. Dans le même temps, la construction s’effondre. Les mises en chantier sont en recul de 37 % par rapport à 2017. La crise n’est plus marginale. Elle devient systémique.
Le logement social saturé, la mobilité bloquée
Traditionnel amortisseur du marché, le parc social ne joue plus son rôle de fluidification. La production recule à 85 000 logements agréés en 2024, contre 124 000 en 2016. Dans le même temps, la demande explose.
Le résultat se traduit par moins de rotations, des délais d’attribution qui s’allongent et des ménages qui restent plus longtemps dans des logements inadaptés, ce qui entraîne mécaniquement pour les professionnels moins de déménagements, moins de transactions et un report de la pression vers le parc privé.
L’hébergement chez des tiers, symptôme invisible de la pénurie
Autre signal fort du rapport souvent ignoré, près de 590 000 personnes vivent chez des proches, sans bail ni stabilité résidentielle, ni propriétaires, ni locataires, ni officiellement sans-abri, formant ainsi une zone grise du mal-logement. Pour le secteur immobilier, cette population représente aussi un réservoir latent de demande, aujourd’hui bloqué faute d’offre abordable, mais susceptible de se libérer rapidement si des solutions adaptées émergent (logement intermédiaire, coliving, résidences sociales, bail mobilité).
Des locataires de plus en plus fragilisés
La tension sociale gagne aussi les occupants :
- 35 % des ménages déclarent avoir eu froid chez eux en 2025.
- 64 % des locataires HLM peinent à boucler leurs fins de mois.
- Les expulsions ont bondi de 50 % en trois ans.
Une pénurie désormais structurelle
Le rapport rappelle un déséquilibre de fond rarement intégré au débat public.
Pour stabiliser le marché, la France devrait produire chaque année :
- 200 000 logements pour la croissance démographique
- 50 000 pour renouveler le parc
- 150 000 supplémentaires pour résorber le déficit accumulé
Soit 400 000 logements par an. La production actuelle reste très en dessous.
Cette rareté alimente mécaniquement hausse des prix, hausse des loyers, blocage des parcours résidentiels et inégalités patrimoniales.
Une crise sociale devenue enjeu économique majeur
Au-delà de l’urgence humaine, la crise du logement devient un sujet macro-économique.
Moins de construction signifie moins d’activité pour la promotion, moins de logements sociaux, moins de transactions, moins de mobilité pour les ménages et davantage de complexité pour la gestion locative. Autrement dit, le mal-logement n’affecte plus seulement les publics fragiles. Il pèse désormais sur l’ensemble de l’écosystème immobilier.
La question n’est plus seulement sociale. Elle est structurelle et économique.
Et sans relance rapide de la production et de la rénovation, c’est la fluidité même du marché qui restera durablement bloquée.
Continuons ensemble ce juste et indispensable combat contre l’exclusion, pour offrir à chacun un toit digne et décent. Continuons ensemble d’agir pour et avec les personnes sans abri et mal logées. En respect de l’héritage dont nous sommes porteurs, nous sommes déterminés à ne jamais baisser les bras. Sans vous, nous ne pouvons rien faire…
Marie-Hélène Le Nedic,
Présidente de la Fondation pour le Logement des Défavorisés




