Entretien exclusif avec Loïc Cantin, président de la FNAIM
Alors que le marché immobilier semble amorcer un léger rebond après trois années de recul, le président de la FNAIM, Loïc Cantin, appelle à la prudence. Entre incertitude politique, fragilisation des acteurs et absence de feuille de route présidentielle, il plaide pour une vision équilibrée entre locataires, propriétaires et accédants, à l’approche d’un congrès placé sous le signe de « l’action »
Après trois années de recul, le marché semble reprendre des couleurs, avec près de 930 000 ventes attendues en 2025. Faut-il y voir un rattrapage ou les premiers signes d’un redémarrage durable ?
Loïc Cantin — Je crois avant tout qu’il s’agit d’un rattrapage de ce que nous avons perdu les années précédentes. Ce n’est pas, à ce stade, le signe d’un véritable redémarrage sur le long terme. Nous aurons beaucoup de mal à retrouver les volumes d’hier. Même si nous atteignions un million de transactions fin 2026, ce serait déjà une reprise encourageante pour des entreprises fragilisées par une crise d’une gravité exceptionnelle. En revanche, imaginer revenir aux 1,2 million de transactions observées lors du dernier pic d’activité me semble illusoire. Il faut accepter de tourner la page, consolider le marché et bâtir une base plus solide.
Vous appelez donc les acteurs à s’organiser autour d’un marché stabilisé entre 950 000 et 1 million de transactions ?
L. C. — Oui, viser un million de transactions serait déjà un objectif ambitieux et raisonnable. Mais il faut rester prudents : le marché dépend d’un contexte économique et géopolitique incertain. Personne ne peut anticiper l’évolution de la dette publique, des taux d’intérêt ou des tensions internationales. Nous avons déjà vécu une crise systémique lorsque les taux sont passés de 1 % à 4 % en neuf mois. Rien n’empêche qu’un choc similaire se reproduise. C’est ce qui rend toute projection très délicate.
Vous avez longuement échangé avec le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun. Dans le contexte politique actuel, êtes-vous inquiet pour le marché ?
L. C. — Une crise institutionnelle traduit avant tout l’incapacité des pouvoirs publics à prendre des décisions. Avec une Assemblée nationale éclatée en onze groupes, l’immobilisme domine et le spectacle offert est désolant. Les contradictions s’alimentent, mais rien n’avance. Le logement mérite mieux que ces affrontements. Le marché peut rebondir, mais seulement si le politique envoie des signaux clairs de confiance aux Français. Une politique du logement ne nécessite pas forcément davantage de finances ou une fiscalité additionnelle. Elle demande avant tout une ligne directrice, une volonté d’accompagner les ménages et de leur redonner confiance.
Vous défendez depuis longtemps la création d’un véritable statut du bailleur privé. Avez-vous l’espoir qu’il voie le jour en 2026 ?
L. C. — Trois versions du statut seront présentées prochainement à l’Assemblée nationale. La première est issue du rapport Daubresse Cosson. La seconde, plus allégée, a été retravaillée par le centre et introduit des conditions de revenus et de loyers (Iñaki Échaniz et Annaïg Le Meur). La troisième provient du gouvernement et se limite à un amortissement de 2 %. Aujourd’hui, rien n’est écrit. Au regard des débats parlementaires récents, on peut craindre le meilleur comme le pire. Le texte sera ensuite transmis au Sénat, qui jouera un rôle crucial, peut-être jusqu’à une commission mixte paritaire. Et si l’ensemble venait à échouer, il faudrait recommencer par ordonnance, ce qui exposerait le texte au risque de censure. La visibilité est extrêmement faible.
Le statut du bailleur privé est-il une priorité ?
L. C. — Contrairement à ce que certains imaginent, nous ne misons pas tout sur le statut du bailleur privé. Il est important, mais il ne peut pas être l’alpha et l’oméga de la politique du logement. Le véritable enjeu se situe dans l’accession à la propriété. Nous perdons des propriétaires, les primo-accédants rencontrent des difficultés croissantes et les politiques publiques doivent se réorienter vers eux. Un locataire qui devient propriétaire libère un logement locatif. C’est ainsi que l’équilibre se crée. Cette vision d’équilibre, je ne la perçois pas encore dans les prises de position du ministre, qui semblent parfois manquer de cohérence et d’ambition sur ce terrain.
Le congrès annuel de la FNAIM, dans un mois, est placé sous le signe de « l’action ». Quels leviers souhaitez-vous mettre en avant ?
L. C. — Le thème « Le logement : agir enfin » s’impose, car nous ne pouvons plus continuer à ne rien faire. Depuis vingt ans, nous avons été portés par un marché en euphorie sans voir qu’il pouvait brusquement s’interrompre et mettre à mal l’ensemble des mécanismes existants. La crise que nous vivons n’est plus conjoncturelle, elle est structurelle. Elle concerne toutes les composantes du logement : le parc social, le parc privé, le locatif, l’accession. Il faut rebâtir un modèle et anticiper plutôt que subir. Au congrès, nous aurons un échange avec Édouard Philippe sur sa vision du logement, puis des interventions de Jean Viard et Dominique Seux, qui apporteront des analyses complémentaires. Une table ronde réunira également plusieurs maires afin de comprendre leurs leviers d’action. Mais il manque un élément essentiel : une feuille de route présidentielle. Le président de la République n’a jamais défini sa vision du logement. Ce silence fragilise l’ensemble du secteur.
Les élections municipales à venir seront-elles l’occasion d’un véritable débat sur le logement ?
L. C. — Tous les partis affirment vouloir agir, mais tout dépend de l’idéologie qui guide cette volonté. J’entends une petite musique qui me fait craindre que les municipales cristallisent des tensions déjà fortes. Le maire de Toulouse généralise le permis de louer, l’encadrement des loyers se diffuse dans de nombreuses communes, y compris moyennes, et une proposition de loi pourrait permettre à tous les présidents d’intercommunalité d’encadrer les loyers. C’est une réponse de facilité. Ce n’est pas en encadrant les loyers que l’on résoudra la crise. C’est une posture idéologique. La vraie question consiste à comprendre pourquoi les loyers augmentent et à déterminer les remèdes. Nous attendons une vision économique et non une politique dictée par le corporatisme ou les réflexes partisans.

