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Se loger devient un obstacle majeur pour les jeunes

Par Hadrien Le Roux

lun 19 janvier 2026

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Autant que se nourrir ou se soigner, se loger est considéré par les jeunes comme un besoin essentiel. Pourtant, pour une majorité d’entre eux, accéder à un logement relève désormais de l’épreuve. Derrière les chiffres de l’étude Odoxa pour Nexity se dessine une réalité plus profonde. Une génération contrainte de renoncer, de s’éloigner et parfois de renégocier ses projets de vie. Une crise silencieuse mais systémique, aux conséquences sociales, économiques et politiques majeures.

Un droit fondamental devenu hors de portée

Le constat est massif et largement partagé. Aujourd’hui, près de 8 jeunes sur 10 estiment qu’il est difficile de trouver un logement en France. Cette perception n’est pas isolée, 78 % de l’ensemble des Français partagent ce diagnostic. Le logement n’est plus perçu comme un simple marché sous tension, mais comme un droit fondamental devenu inaccessible pour une partie croissante de la population, en particulier les moins de 35 ans

Ce sentiment d’impasse s’accompagne d’un profond malaise générationnel. Près de 7 jeunes sur 10 considèrent qu’il leur est plus difficile de se loger aujourd’hui que pour leurs parents au même âge. Ce décrochage alimente un sentiment de déclassement durable, où l’effort individuel ne suffit plus à compenser la raréfaction de l’offre et l’envolée des coûts.

Des logements souvent inadaptés, parfois indignes

La crise ne se limite pas à l’accès au logement. Elle touche aussi, et peut-être surtout, la qualité de l’habitat. Près de 69 % des jeunes vivent dans un logement qu’ils jugent inadapté. Trop petit, trop bruyant, humide, mal isolé ou difficile à chauffer, ces défauts structurels sont cités bien plus fréquemment par les jeunes que par leurs aînés

Cette situation traduit une dégradation silencieuse des conditions de vie. Là où le logement devrait constituer un socle de stabilité, il devient source d’inconfort et de précarité. Pour une génération déjà fragilisée par l’instabilité professionnelle et la hausse du coût de la vie, l’habitat ne joue plus son rôle protecteur.

Quand se loger impose de renoncer à travailler, aimer ou fonder une famille

Les conséquences dépassent largement la sphère résidentielle. Plus des deux tiers des jeunes ont dû renoncer à au moins un élément fondamental de leur vie pour accéder à un logement correspondant à leurs besoins. Dans le détail, 30 % ont déjà renoncé à candidater à un emploi, faute de pouvoir se loger à proximité. 24 % ont renoncé à certaines formations. Plus grave encore, 21 % ont différé un projet d’enfant et 20 % celui de vivre en couple

Le logement agit ainsi comme un frein structurel à l’insertion professionnelle, à la mobilité sociale et à la construction de trajectoires personnelles. Il conditionne désormais l’accès au travail, à la famille et à l’autonomie, bouleversant l’ordre traditionnel des parcours de vie.

Une fracture sociale et territoriale qui s’aggrave

La pression immobilière contraint également les jeunes à l’exil. Un jeune sur deux a déjà quitté sa commune d’origine ou envisage de le faire faute de pouvoir s’y loger. Ce phénomène touche l’ensemble du territoire, mais frappe particulièrement l’Île-de-France, les grandes agglomérations et plusieurs régions du Sud et de l’Ouest

Cette mobilité subie accentue les déséquilibres territoriaux. Elle éloigne les jeunes des bassins d’emploi, fragilise les centres urbains et nourrit un sentiment d’injustice spatiale. Se loger devient une variable d’ajustement géographique, au détriment de la cohésion locale.

Santé mentale, pouvoir d’achat, cohésion sociale sous pression

La crise du logement agit comme un accélérateur de vulnérabilités. 86 % des jeunes estiment que leurs difficultés à se loger ont un impact direct sur leur santé mentale. Plus de 8 sur 10 déclarent devoir faire des sacrifices importants dans leur quotidien, qu’il s’agisse de loisirs, d’épargne ou de dépenses essentielles

Le chiffre le plus préoccupant concerne les besoins vitaux. À cause du logement, un jeune sur deux a réduit son budget alimentaire et près d’un tiers a renoncé à des soins médicaux. Le logement devient ainsi un facteur de précarité globale, affectant directement la santé, l’alimentation et la dignité.

Un enjeu politique désormais central

Face à cette situation, le logement s’impose comme un enjeu politique de premier plan. 63 % des jeunes se disent prêts à voter pour un candidat aux élections municipales proposant des mesures concrètes pour faciliter l’accès au logement dans leur commune. Ce chiffre atteint 54 % dans l’ensemble de la population, signe que la question dépasse largement la seule jeunesse

Le message est clair. Le logement n’est plus un sujet technique ou sectoriel. Il devient un marqueur de crédibilité politique et un levier de mobilisation électorale. À l’approche des municipales, ignorer cette réalité reviendrait à sous-estimer une crise dont les effets se font déjà sentir bien au-delà du marché immobilier.

* Echantillons
Echantillon de 2 459 jeunes ayant entre 18 et 34 ans, représentatif de cette population.
La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge et profession de l’interviewé après
stratification par région et catégorie d’agglomération.
Echantillon de 1 005 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge et profession de l’interviewé après
stratification par région et catégorie d’agglomération.

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