L’intelligence artificielle s’invite partout dans nos vies professionnelles. L’immobilier n’y échappe pas. Elle fascine, interroge, inquiète parfois. Certains y voient une rupture radicale, d’autres une menace pour la profession. En réalité, le débat n’est pas là. La question n’est pas de savoir si l’IA va transformer l’immobilier. Elle le fait déjà. La vraie question est : quel usage allons-nous en faire ?
Les professionnels de l’immobilier manipulent de plus en plus de données : prix, tendances, réglementations, diagnostics, parcours clients. Sur ces sujets, l’intelligence artificielle est un outil puissant. Elle permet de traiter rapidement des volumes d’informations considérables, d’éclairer les décisions et de fiabiliser certaines analyses. En réalité, elle intervient déjà dans l’analyse des marchés, l’aide à l’estimation, la gestion de la relation client, l’optimisation des organisations ou encore la conformité réglementaire.
Mais il faut être très clair : l’IA n’est pas un professionnel de l’immobilier. Elle ne ressent pas le stress d’un vendeur, l’émotion d’un premier achat, les hésitations d’un projet de vie. Elle ne capte ni les silences, ni les non-dits, ni la dimension profondément humaine du logement.
L’IA peut aider à décider, mais elle ne remplacera jamais la relation. Son principal apport, à mes yeux, est ailleurs : redonner du temps. Du temps en moins sur les taches répétitives, administratives ou techniques. Et du temps en plus pour ce qui fait la valeur de ces métiers : l’accompagnement, le conseil, la pédagogie, la sécurisation des parcours.
Un bon professionnel de l’immobilier n’est pas celui qui va le plus vite, mais celui qui sait expliquer, rassurer, parfois ralentir. L’intelligence artificielle doit renforcer cette exigence, pas l’affaiblir.
Encore faut-il ne pas subir ces outils. Les refuser serait une erreur. Les adopter sans les comprendre en serait une autre. L’IA impose une véritable acculturation. Il ne s’agit pas seulement d’utiliser des technologies, mais d’apprendre à raisonner avec elles. Apprendre à poser les bonnes questions, à dialoguer avec ces systèmes, à comprendre leurs apports comme leurs limites. Qu’il s’agisse de paramétrer un outil d’aide à la décision, d’interpréter une recommandation ou d’interagir avec un modèle conversationnel, cette capacité deviendra une compétence professionnelle à part entière.
Car l’IA ne restera pas cantonnée à quelques usages techniques. Elle va s’inviter partout : dans les stratégies d’entreprise, dans les organisations, dans la société civile comme dans le monde professionnel. Elle ne remplacera pas tout le monde, mais elle augmentera celles et ceux qui sauront s’en servir mieux que les autres. L’écart ne se fera pas entre humains et machines, mais entre professionnels formés, acculturés, capables de maîtriser ces outils… et ceux qui auront choisi de les ignorer. Ne pas s’y préparer, ce n’est pas faire preuve de prudence, c’est prendre du retard. À l’inverse, former, expliquer, accompagner, c’est donner aux professionnels les clés pour rester maîtres de leurs pratiques, de leurs décisions et de leur valeur ajoutée. Celui qui ne maîtrise pas ses outils finit toujours par les subir.
Enfin, l’IA pose des questions éthiques essentielles. Données personnelles, transparence, responsabilité des décisions : dans un secteur aussi intime que le logement, ces sujets ne peuvent pas être secondaires. Le progrès n’a de sens que s’il est au service des femmes et des hommes.
On peut automatiser beaucoup de choses. On peut augmenter les compétences, accélérer les décisions, fiabiliser les processus. Mais on ne peut pas automatiser la confiance. L’avenir de l’immobilier ne sera ni tout technologique, ni nostalgique. Il sera augmenté, responsable et profondément humain.
Stéphane Fritz
Président de Guy Hoquet l’Immobilier




