Au Salon RENT 2025, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, dresse un constat sévère d’une crise qu’il juge profonde et désormais structurelle. Face à une filière désemparée, il a défendu une méthode fondée sur des majorités de projets et promis un plan d’urgence destiné à restaurer la confiance, stabiliser les dispositifs et relancer l’investissement. Autour de lui, les acteurs du secteur ont appelé à un changement d’échelle, tant dans la rénovation que dans la production de logements neufs. Le Ministre du Logement et de la Ville revendique une méthodepragmatique pour sortir de l’impasse politique
Le Salon RENT 2025 aura offert un instantané saisissant de l’état du logement en France : une filière qui doute, un marché en panne et des acteurs qui, malgré la lassitude, cherchent encore des leviers d’action. Invité aux côtés d’Edward Arkwright (Altarea), de Yannick Borde (Procivis) et de Loïc Cantin (Fnaim), le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a choisi de ne pas éluder l’ampleur de la situation :
« La crise est là, elle est profonde, mais je viens avec de l’optimisme », a-t-il déclaré d’entrée, comme pour conjurer la morosité ambiante.
Depuis plusieurs mois, le ministre défend l’idée qu’il est possible d’avancer même en l’absence d’une majorité parlementaire stable. Au Salon RENT, il a réaffirmé cette conviction.
« On ne va pas ici se demander si la crise est réelle : elle est profonde. Mais j’ai la conviction que l’on peut dégager des majorités de projets, même sans majorité politique classique, pour venir en aide au monde du logement pour que à nouveau, on retrouve le chemin de la construction du logement dans notre pays et qu’on retrouve le chemin de l’investissement dans la pierre. Le Premier ministre m’a confié la mission de porter un plan d’urgence, et je le fais avec passion. »
Cette méthode, qu’il revendique volontiers, repose sur une forme de pragmatisme assumé. Il faut identifier des zones de consensus, stabiliser les dispositifs existants et restaurer une visibilité que la filière dit avoir perdue.
Investissement, rénovation, DPE : les priorités d’un plan d’investissement
Urgence en construction
Parmi les chantiers avancés par le ministre figure d’abord la relance de l’investissement privé, présenté comme la condition indispensable à la reprise de la production de logements sociaux. Le Minisitre du Logement et de la ville insiste sur cette interdépendance. Sans confiance retrouvée du côté des investisseurs particuliers, la chaîne du logement dans son ensemble se grippe, du bailleur social au promoteur.
Il a également renouvelé son soutien à la création d’une Banque de la rénovation, un outil appelé à jouer un rôle central dans la massification des travaux : « C’est un outil très puissant : pas besoin d’argent public, juste d’un soutien politique. J’apporte mon appui clair et net, même si je n’ai pas encore terminé de rencontrer tous les acteurs », a-t-il assuré. Le recentrage de MaPrimeRénov’ vers les ménages les plus modestes constitue un autre axe présenté comme essentiel, tout comme l’assouplissement du DPE pour les logements patrimoniaux, afin d’éviter des classements incohérents pour des biens inrénovables sans altération majeure.
Quant au statut du bailleur privé, le ministre entend poursuivre les discussions engagées au Parlement et affirme vouloir créer les conditions d’un consensus, convaincu qu’une clarification réglementaire est indispensable pour attirer de nouveau les investisseurs.
Les outils existent pour la rénovation énergétique
Si le ministre assure que les leviers existent, Yannick Borde, président du réseau Procivis, insiste sur la nécessité d’un changement d’échelle. Pour lui, la rénovation énergétique résume les paradoxes du moment. La trajectoire carbone impose 100 milliards d’euros de travaux par an dans le parc privé, alors que les ménages comme les copropriétés peinent encore à naviguer dans un système d’aides qu’il juge trop instable.
Le Président de Procivis rappelle que plusieurs outils structurants sont désormais opérationnels. C’est le cas du prêt collectif pour les copropriétés, rendu possible par la loi Habitat indigne de 2024, ou encore des premières mobilisations bancaires autour d’un guichet de financement unifié. « Nous disposons déjà d’un peu d’argent public. Ce qu’on demande, c’est un soutien politique pour créer un outil bancaire commun. La mission que j’ai menée conclut qu’on a toutes les briques, mais pas encore le bon assemblage. »
Indécence énergétique : la Fnaim alerte sur un calendrier jugé intenable
Selon Loïc Cantin la perspective de classer comme “indécents” près de 740 000 logements F en 2028 constitue une ligne rouge impossible à franchir dans l’état actuel du parc. « On n’y arrivera pas. La France est le seul pays européen à avoir choisi la sanction plutôt que l’incitation », affirme-t-il.
Il dénonce une contradiction profonde qui consiste à proclamer un statut du bailleur privé tout en menaçant d’interdire de louer des logements dont de nombreux propriétaires n’ont pas les moyens de financer la rénovation. « Un quart des Français sont logés par des petits bailleurs. Quand la rentabilité disparaît, ce sont ces familles qui sont en première ligne. » Pour lui, l’urgence est de rétablir un cadre cohérent, lisible, et surtout réaliste.
Logement neuf : une filière “épuisée” et trois publics à reconquérir
Du côté des promoteurs, Edward Arkwright, directeur général du Groupe Altarea, dresse le tableau d’une crise qualifiée de “systémique”. Le logement neuf reste pourtant l’un des rares leviers permettant d’adapter l’offre aux besoins réels, en localisation comme en typologie. Mais les conditions de production se sont fragilisées à tous les étages.
Pour le Directeur Général du Groupe Altarea, trois catégories d’acteurs doivent être reconquises. Tout d’abord les bailleurs sociaux, affaiblis par des années de ponctions et la RLS (réduction du loyer de solidarité), mais aussi les primo-accédants, dont la solvabilité a été fortement érodée et les investisseurs particuliers, quasiment absents du marché depuis plusieurs mois. Selon lui, la cohérence des chaînes de production constitue la clé de la relance : « La production ne peut se faire que si tous les acteurs avancent ensemble. Les opérations sont mixtes, le bilan économique est commun, la vision urbaine est partagée. »
Un diagnostic désormais partagé, mais un calendrier encore incertain
La filière n’a jamais été aussi unanime sur l’ampleur de la crise, mais peine encore à s’accorder sur la hiérarchie des solutions. Tous dénoncent l’instabilité des règles, la volatilité des aides et l’érosion de la confiance. Le plan d’urgence annoncé par le ministre devra répondre à une double exigence, celle de la rapidité et celle de la durabilité.
Le Ministre Vincent Jeanbrun, lui, se veut confiant. Il veut envoyer un signal positif à la profession: simplifier les règles, accélérer les recours, réformer l’expulsion. Le Ministre reste également convaincu que nous pouvons surmonter cette crise.Reste à savoir si la dynamique politique suivra le tempo que la filière attend désormais avec impatience.

